Une approche psychosociale de la protection de l'environnement : perspective temporelle et distance psychologique

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Une approche psychosociale de la protection de

l’environnement : perspective temporelle et distance

psychologique

Pauline van Laere

To cite this version:

Pauline van Laere. Une approche psychosociale de la protection de l’environnement : perspective temporelle et distance psychologique. Psychologie. Université Sorbonne Paris Cité, 2018. Français. �NNT : 2018USPCB102�. �tel-02513458�

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Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité Institut de Psychologie

Ecole Doctorale Cognition, Comportements, Conduites Humaines (ED 261) Laboratoire de Psychologie Sociale : Menaces et Société (EA 4471)

Une approche psychosociale de la

protection de l’environnement

Perspective temporelle et distance psychologique

Pauline Van Laere

Thèse de Doctorat présentée pour l’obtention du grade de Docteur en Psychologie Sous la direction du Professeure Ewa Drozda-Senkowska, Université Paris Descartes

Membres du jury

Professeure Ewa Drozda-Senkowska, Université Paris Descartes (Directrice) Professeur Thémis Apostolidis, Université Aix-Marseille (Rapporteur)

Professeur Thierry Meyer, Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Rapporteur) Professeure Marie-Line Félonneau, Université de Bordeaux

Professeure Valérie Haas, Université de Lyon 2

9 novembre 2018


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Remerciements

Je tiens à remercier ma directrice de thèse, Ewa Drozda-Senkowska, pour la liberté accordée dans la réalisation de cette thèse ainsi que pour nos discussions permettant réflexion et questionnement sur ce travail.

Je remercie Thémis Apostolidis, Thierry Meyer, Marie-Line Félonneau et Valérie Haas d’avoir accepté d’évaluer mon travail. Je mesure l’implication que nécessite cette activité et j’en suis d’autant plus honorée.

Je souhaite également remercier l’ensemble des membres du Laboratoire de Psychologie Sociale, passés et présents. Merci en particulier à Eugénia Ratiu pour m’avoir ouvert la voie de la recherche en psychologie sociale, Sabine Caillaud, Hélène Feertchak, Silvia Krauth-Gruber et Farzaneh Pahlavan pour leurs conseils à différentes étapes de ce travail.

Merci aussi à mes collègues doctorants pour leur sympathie et leurs conseils. Merci tout spécialement à Petra pour ses précieux conseils, ainsi qu’à Émilie et Aurore pour nos discussions. Merci également à Alice Naly pour l’aide qu’elle m’a apportée lors des pré-tests de l’étude 6. Je remercie aussi Emeline Bentz pour le temps qu’elle m’a accordé et son aide pour pouvoir interroger les membres de la Fondation pour la Nature et l’Homme.

Un grand merci à ma famille, mes parents et mon frère, pour leur soutien sans failles. Ils ont cru en ce travail à chaque instant et ont permis qu’il aboutisse. Enfin merci à Julien d’avoir toujours été présent dans les bons comme dans les mauvais moments survenus au cours de la thèse.

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Table des matières

Avant-propos 1 Partie 1 - Un champ d’application particulier : la protection de l’environnement 7

Chapitre 1 - La protection de l’environnement 9

1. Rapport à l’environnement 9

1.1.Contexte social 9

1.2.Une vision du monde qui évolue 10

2. Protéger l’environnement 12

2.1.Définir les comportements pro-environnementaux 12

2.2.Typologie des comportements pro-environnementaux 15

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux 18

1. Aperçu des différentes mesures existantes 18

1.1.Quelques exemples de mesures 18

1.2.L’échelle générale des comportements pro-environnementaux 19 2. Étude 1 : Développement d’une nouvelle échelle de mesure 20

2.1.Étude 1a : Entretiens exploratoires 20

2.2.Étude 1b : Questionnaire 22

2.3.Conclusion 24

Chapitre 3 - Déterminants des comportements pro-environnementaux 25

1. Principaux déterminants 25

1.1.Modèle du comportement planifié 25

1.2.Attitudes et leurs variables prédictives 26

1.3.Normes et leurs variables prédictives 27

1.4.Contrôle comportemental perçu 28

1.5.Synthèse des principaux déterminants 28

2. Étude 2 : Déterminants des intentions comportementales de protection des animaux 31

2.1.Méthode 31 2.2.Résultats 34

2.3.Discussion 38

Synthèse de la partie 1 - Environnement 43 Partie 2 - Les comportements pro-environnementaux : une projection dans le temps ? 45

Chapitre 4 - Rapport au temps 47

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1.1.Un bref historique 47 1.2.L’approche de la psychologie sociale : la perspective temporelle 52

2. Évaluer le rapport au temps 57

2.1.Considération pour les conséquences futures 60

2.2.Inventaire de la perspective temporelle 61

Chapitre 5 - Environnement et perspective temporelle 64

1. Effets de la perspective temporelle 64

1.1.Perspective temporelle, perception, représentation et évaluation 64

1.2.Perspective temporelle et comportements 66

1.3.Perspective temporelle dans le contexte de la protection de l’environnement 67

1.4.Double contextualisation 70

2. Étude 3 : CFC, émotions et protection de l’environnement 71

2.1.Méthode 71

2.2.Résultats et discussion 73

2.3.Conclusion 76

3. Étude 4 : ZTPI et protection de l’environnement 76

3.1.Méthode 77

3.2.Résultats et discussion 78

3.3.Conclusion 84

4. Discussion des études 3 et 4 84

4.1.Importance du rapport à la nature et de l’implication 85 4.2.Perspective temporelle et protection de l’environnement 85

4.3.De nouvelles perspectives de recherche 86

Synthèse de la partie 2 - Perspective temporelle 89 Partie 3 : Distance psychologique : rapprocher les problèmes environnementaux ? 91 Chapitre 6 - Distance psychologique et niveaux de construits 93

1. Distance psychologique 93

1.1.Théorie des niveaux de construits 93

1.2.Les dimensions de la distance psychologique 94

1.3.Relations entre les dimensions 95

2. Effets de la distance psychologique 98

2.1.Distance psychologique et représentation 99

2.2.Distance psychologique et prédiction 103

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2.4.Distance psychologique et comportements 109

Chapitre 7 - Environnement et distance psychologique 114

1. Étude 5 : Représentation des problèmes environnementaux 114

1.1.Méthode 116

1.2.Résultats 118

1.3.Discussion 127 2. Étude 6 : Distance et intentions de protéger l’environnement 133

2.1.Méthode 134 2.2.Résultats 138 2.3.Discussion 140

3. Discussion des études 5 et 6 143

3.1.Distance psychologique et évaluation des risques 144 3.2.Distance psychologique et intentions comportementales pro-environnementales 144 3.3.Application à la communication sur les problèmes environnementaux 145

3.4.Conclusion 147

Synthèse de la partie 3 - Distance psychologique 149

Conclusion générale 151

1. Principales contributions et limites 153

2. Perspectives de recherche et d’application 157

3. En guise d’épilogue 158

Références bibliographiques 159

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« Une suite de petites volontés fait un gros résultat. » - Charles Baudelaire 1

Avant-propos

Les citations de Baudelaire sont issues du recueil de poésie« Les Fleurs de Mal », à l’exception de celles

1

de l’avant-propos et de la conclusion générale qui sont issues de notes de travail inachevées publiées à titre posthume sous le titre « Mon coeur mis à nu ».

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Avant-propos

Madame O. est en congé aujourd’hui et pourtant elle se lève tôt ce matin-là et prend son 2 café, bio et équitable bien sûr. Une fois prête, elle monte sur son vélo et va jusqu’à la forêt domaniale. Elle y retrouve amis et inconnus qui se distribuent déjà de grands sacs poubelles. Madame O. en attrape un, enfile sa paire de gants et part sur l’un des sentiers. Tout au long de sa promenade, qui va tout de même durer trois heures, elle scrute le moindre bosquet, la moindre flaque d’eau. Dès que ses yeux repèrent un papier, un mouchoir ou bien encore une canette, elle se contorsionne pour l’attraper et le glisser dans son sac. Une fois sa mission terminée, Madame O. enfourche à nouveau son vélo et rentre chez elle. Un peu essoufflée de sa matinée, elle s’accorde une douche courte, elle n’en prend pas tous les jours, puis se prépare un repas, avec des fruits et légumes qu’elle a elle-même récoltés chez un producteur local. Elle passera le reste de sa journée à s’occuper de son jardin, de son compost et aussi à préparer elle-même ses produits ménagers à partir de vinaigre blanc et de bicarbonate de soude.

Le voisin de Madame O. lui a pris sa voiture roulant au diesel pour aller travailler. Il passe sa journée sur son ordinateur. Au déjeuner, ce sera viande, comme tous les jours. En fin de journée il oublie, comme souvent, d’éteindre son ordinateur et la lumière de son bureau. Ce soir, il commande une pizza, et le carton ira dans la poubelle dans laquelle il restera de la place. Se compliquer la vie comme Madame O. ? Certainement pas pour lui ! C’est aux pouvoirs publics de faire les premiers efforts.

Madame O. et son voisin ont des comportements totalement opposés. Mais comment expliquer que l’une agisse toujours de façon à protéger l’environnement alors que l’autre ne souhaite pas faire le moindre effort ? Qu’est-ce qui pousse les individus à s’engager dans des comportements écologiquement responsables ? C’est cette question qui a guidé ce travail de thèse. Pour y répondre, nous allons nous placer dans le cadre de la psychologie sociale appliquée à l’environnement afin de comprendre nos relations à l’environnement, relations qui conditionnent nos représentations, nos évaluations mais aussi nos comportements. L’approche psychosociale est une approche par contexte (social, culturel, spatial, temporel…). Nous défendons l’idée, comme le psychologue social et environnementaliste, qu’il est impossible de comprendre l’individu sans tenir compte de son environnement, qu’il soit physique, social ou temporel (Moser, 2009). Et cela est d’autant plus important lorsque l’on s’intéresse aux déterminants de la protection de l’environnement naturel.

La psychologie environnementale est une psychologie de l’espace car elle analyse l’individu en relation avec son contexte physique et social (Moser, 2009). Les notions d’espace et de lieu occupent une position centrale. On peut étudier la relation humain-environnement à

Cette référence est un hommage au célèbre personnage de Joule et Beauvois (2002) qui fut le premier à

2

me faire découvrir la psychologie sociale.

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Avant-propos

plusieurs niveaux, imbriqués les uns dans les autres. A chaque niveau, l’individu est en relation avec l’environnement dans ses dimensions physiques et sociales (Moser, 2009, Moser & Weiss, 2003 ; voir Tableau 1). Les problèmes rencontrés ne sont pas les mêmes selon l’échelle à laquelle on se place. Les problèmes environnementaux, comme le réchauffement climatique par exemple, touchent souvent la planète sans limitation spatiale et s’inscrivent donc généralement dans le niveau global (niveau 4). Cependant, certains problèmes peuvent affecter directement des niveaux plus bas. La pollution de l’air, ainsi, peut entrainer des conséquences négatives au niveau d’un quartier ou d’une ville (niveaux 2 et 3). Plus le niveau augmente, plus les individus avec lesquels l’espace est partagé sont nombreux et plus ils sont anonymes et distants. Au sein de la famille ou des proches (niveaux 1 et 2), il peut y avoir un partage des mêmes aspirations, besoins et valeurs, ce qui est plus compliqué avec des environnements plus étendus (niveaux 3 et 4). Cette distance sociale peut compliquer la mise en oeuvre de comportements adaptés pour lutter contre le problème. En plus du lien avec l’environnement physique et social, cette analyse permet de rendre compte des modalités de maîtrise ou de contrôle de l’environnement en fonction du niveau. Le degré de contrôle est relativement important et direct au niveau de l’environnement immédiat, envisageable au niveau du voisinage, plutôt médiatisé par les institutions dans les espaces publics, et beaucoup plus difficile à envisager au niveau global. Un contrôle hypothétique sur les problèmes rend difficile la mise en oeuvre de comportements pour lutter contre ceux-ci.

Tableau 1. Niveaux d’analyse socio-spatiaux des relations humains-environnement

(adapté d’après Moser, 2009, p.8 et p.21, et Moser & Weiss, 2003, p.17)

Mais si les problèmes environnementaux sont globaux, touchant des lieux et des personnes inconnues et que les individus ne peuvent avoir qu’un contrôle incertain dessus, comment les encourager à agir tout de même ? Dans cette thèse, nous allons examiner deux solutions à ce problème. La première solution consisterait à faciliter la projection à ce niveau global, distant. Au contraire, la seconde serait, non plus d’aller vers ces problèmes environnementaux, mais de les rapprocher de nous. Ce sont ces deux options que nous allons considérer dans ce travail.

Environnement

physique Environnement social Contrôle

Niveau 1


Micro-environnement Espace privatif : habitat, espace de travail Individu et famille Contrôle étendu

Niveau 2


Méso-environnement Espace semi-public : quartier, lieu de travail, parcs et espaces verts

Inter-individuel,

voisinage, communauté Contrôle partagé

Niveau 3


Macro-environnement Espace public : ville, paysage Habitants, agrégats d’individus Contrôle médiatisé

Niveau 4


Environnement global Environnement global : pays, planète Société, population Contrôle hypothétique

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Avant-propos

La première partie de cette thèse fera tout d’abord le point sur notre objet d’étude qu’est le rapport à l’environnement. Nous verrons ainsi dans le premier chapitre comment le rapport à l’environnement a évolué. Nous verrons que des attitudes favorables à l’environnement se sont progressivement développées et répandues. Nous nous pencherons aussi sur ce que sont les comportements de protection de l’environnement. Le deuxième chapitre sera l’occasion de traiter de la question de la mesure de ces comportements et nous proposerons dans l’étude 1 de développer une nouvelle mesure. Enfin, le troisième chapitre permettra d’évoquer les différents modèles expliquant les déterminants de ces comportements. Nous proposerons un schéma synthétique regroupant les principales variables identifiées. L’étude 2 permettra de tester l’effet de certaines de ces variables dans le cadre de la protection animale. Nous reviendrons enfin sur notre question, l’engagement pour la protection de l’environnement nécessite-t’elle une projection ou un rapprochement ?

La seconde partie traitera de la première possibilité. Nous soutiendrons qu’une projection dans le temps permet aux individus de prendre en compte les conséquences de leurs actions sur l’environnement et ainsi d’agir de façon plus favorable à sa protection. Pour cela, après un bref historique des conceptions du rapport au temps, nous introduirons dans le quatrième chapitre le concept de perspective temporelle. Nous aborderons les différentes dimensions de cette perspective et nous présenterons différents outils d’évaluation. Le cinquième chapitre développera les effets de cette perspective sur la représentation, l’évaluation et les comportements. Nous montrerons notamment, à travers une revue de la littérature, qu’une perspective orientée vers le futur est habituellement liée à des attitudes plus favorables à l’environnement et à davantage de comportements pro-environnementaux qu’une perspective orientée vers le présent. Les études 3 et 4 ne reproduiront pourtant pas ces résultats, ce qui sera discuté. Ces études souligneront, par contre, l’importance du rapport à la nature et de l’implication culturelle.

Nous nous pencherons alors, dans la troisième partie, sur la seconde possibilité, c’est-à-dire celle d’effectuer non plus une projection mais un rapprochement. Nous soutiendrons que de percevoir une proximité avec les risques environnementaux permet d’augmenter les préoccupations environnementales et les comportements pro-environnementaux. Pour cela, nous ferons appel dans le sixième chapitre au concept de distance psychologique. Après avoir présenté ses quatre dimensions, nous étudierons ses principaux effets sur la représentation, les prédictions, l’évaluation et les comportements. Nous verrons ainsi que la distance est liée à l’abstraction, via les niveaux de construits, une distance élevée étant liée à des construits de plus haut niveau qu’une faible distance. Dans le septième chapitre, nous proposerons d’étudier le lien entre la distance psychologique et la protection de l’environnement. L’étude 5 permettra de décrire la distance perçue vis-à-vis des problèmes environnementaux. Elle mettra également en évidence qu’une distance proche est liée à plus de préoccupations pour l’environnement et à davantage d’intentions d’agir en faveur de la protection de l’environnement. Enfin, l’étude 6, par

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Avant-propos

une manipulation de la distance psychologique, démontrera qu’une distance proche est liée à une évaluation des risques environnementaux comme plus réels et plus graves, et à plus d’intentions comportementales pro-environnementales.

La discussion générale permettra de faire une synthèse de nos différents résultats et de confronter les deux solutions proposées afin de répondre à notre interrogation initiale : faut-il miser sur une projection ou plutôt sur un rapprochement pour encourager les comportements pro-environnementaux ? Les applications en terme de communication sur l’environnement seront présentées.

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« La nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles L’homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers. » - Charles Baudelaire

Partie 1 - Un champ d’application particulier : la

protection de l’environnement

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(17)

Chapitre 1 - Protection de l’environnement

Chapitre 1 - La protection de l’environnement

Notre travail de thèse s’inscrit dans un champ d’application particulier qui est celui de la protection de l’environnement. Dès lors, il nous semble important de définir l’objet social que nous étudions ici car l’environnement est un terme qui peut recouvrir de multiples significations. Au sens le plus large, l’environnement renvoie à tout ce qui nous entoure. De façon plus spécifique, le Larousse donne la définition suivante : « Ensemble des éléments objectifs (qualité de l'air, bruit…) et subjectifs (beauté d'un paysage, qualité d'un site…) constituant le cadre de vie d'un individu ». L’environnement est constitué à la fois d’éléments naturels et artificiels. Ici, nous utiliserons le terme d’environnement comme faisant référence au monde naturel, tel qu’il est globalement perçu par les humains, comme ressource subissant les impacts du développement industriel et donc en tant qu’objet de préoccupations des individus pour sa préservation.

1. Rapport à l’environnement

Les préoccupations environnementales ont évolué dans les sociétés industrialisées en réaction aux différentes catastrophes environnementales survenues depuis plusieurs années. Nous allons brièvement discuter de quelques repères importants dans cette évolution durant l’époque contemporaine, en nous limitant aux pays industrialisés, afin de mieux comprendre le contexte actuel.

1.1.Contexte social

Le courant de pensée environnementaliste se développe à partir du moment où les humains se rendent compte que leurs activités peuvent conduire à une dégradation de l’environnement. Ce courant renvoie aux idées et valeurs relatives au respect et à la protection de l’environnement. L’un des archétypes de l’impact de l’activité humaine sur l’environnement est sans doute celui de la disparition du Dronte de Maurice, ou Dodo. Espèce d’oiseau endémique de l’île Maurice, découvert en 1598, il s’éteint environ un siècle plus tard suite à la chasse par l’Homme, à la destruction de son habitat et à l’apport par les bateaux d’espèces prédatrices. Le courant environnementaliste se développe en parallèle de la révolution industrielle, vers la seconde moitié du XIXe siècle. La première société de protection animale est crée en Angleterre en 1832 (Royal Society for the prevention of cruelty to animal), en France la Société Protectrice des Animaux (SPA) apparait en 1845. De nombreux auteurs, comme Humboldt, l’une des figures essentielles du mouvement intellectuel européen, dénoncent l’impact humain sur l’environnement. Lamarck, par exemple, traite de cet aspect et met en cause l’égoïsme de l’Homme qui profite de

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Chapitre 1 - Protection de l’environnement

la nature sans se soucier ni de l’avenir ni de ses semblables, conduisant ainsi à «  l’anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce » (Lamarck, 1817 cité dans Chansigaud, 2013, p.213). L’écologie, science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux, se développe également à cette époque. Le terme «  écologie  » est utilisé pour la première fois en 1866 par le biologiste Ernst Haeckel. A la fin du XIXe siècle, les préoccupations écologiques commencent à se traduire par des décisions politiques, avec, par exemple, la création du premier Parc National à Yellowstone aux Etats-Unis en 1872. Le premier Congrès International pour la protection de la nature a lieu à Paris en 1909.

Pourtant, après la Seconde Guerre Mondiale la pensée dominante est caractérisée par une croyance dans le progrès et la nécessité d’une croissance basée sur des ressources perçues comme illimitées, c’est le « paradigme social dominant » (Dominant Social Paradigm, DSP, défini par Pirages & Ehrlich, 1974). Le DSP correspond à l’idée que les humains sont supérieurs à toutes les autres espèces, et que la Terre leur fournit des ressources illimitées permettant le progrès. Mais plusieurs événements vont contribuer à une prise de conscience généralisée de la nécessité de protection de l’environnement vers les années 1960. L’utilisation massive de pesticides ou l’épandage d’Agent Orange pour détruire les écosystèmes lors de la guerre du Vietnam (1961-1971), les multiples naufrages de pétroliers (Torrey-Canyon en 1967 au large de l’Angleterre, Amoco-Cadiz en 1978 au large de la Bretagne, collision entre deux pétroliers en 1979 au large de Trinidad et Tobago…), et les accidents industriels (comme le nuage de dioxine de Seveso en 1976) contribuent à cette prise de conscience. Cela s’accompagne de nombreuses conférences internationales comme la Conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm en 1972 qui a donné lieu à la première Journée Mondiale de l’Environnement, et le Sommet de la Terre à Rio en 1992. Ces conférences ont conduit à des accords internationaux, comme par exemple le protocole de Kyoto signé en 1997 prônant la réduction les émissions de gaz à effet de serre ou, plus récemment, l’accord international sur le climat validé lors de la COP21 à Paris en 2015. Des organisations non-gouvernementales environnementalistes se sont aussi développées avec notamment la création du World Wide Fund for Nature (WWF) en 1961 et de Greenpeace en 1972.

1.2.Une vision du monde qui évolue

Vers les années 1960, une nouvelle vision du monde se développe avec des attitudes favorables à l’environnement. En effet, en opposition au DSP, de nouvelle idées émergent comme le fait de préserver l’équilibre de la nature ou le besoin de rejeter l’idée anthropocentrique selon laquelle la nature existe uniquement pour l’usage humain. Ce «  nouveau paradigme environnemental  » (New Environmental Paradigm, NEP ; Dunlap & Van Liere, 1978, puis New Ecological Paradigm, Dunlap, Van Liere, Mertig & Jones, 2000) correspond à l’idée que les humains ne sont qu’une espèce parmi d’autres sur Terre, et qu’ils sont dépendants de

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Chapitre 1 - Protection de l’environnement

l’environnement et de ses ressources. Les activités humaines doivent être autant déterminées par les ressources que par les facteurs socio-culturels. Cette nouvelle vision du monde s’étend, d’abord dans les milieux intellectuels et universitaires, puis dans toute la société. Toutefois, des différences persistent selon les catégories sociales. Hawcroft et Milfont (2010) ont réalisé une méta-analyse sur l’utilisation de l’échelle du NEP sur 69 études réalisées depuis 30 ans dans 36 pays. Ils montrent ainsi que les variations des types d’échantillon ont un impact sur les scores moyens au NEP. En effet, les écologistes et les employés ont un score plus élevé au NEP qu’un échantillon représentatif de la population, alors que les ouvriers ont un score plus faible.

Le NEP est progressivement remplacé par le «  nouveau paradigme d’interdépendance humaine  » (New Human Interdependance Paradigm, NHIP ; Corral-Verdugo, Carrus, Bonnes, Moser & Sinha 2008). Le NHIP sort de la dichotomie entre anthropocentrisme et écocentrisme pour proposer un paradigme intégratif. Il envisage l’interdépendance entre le progrès humain et la conservation de la nature dans un processus dynamique d’intégration et d’incorporation des besoins humains dans les processus naturels (Corral-Verdugo et al., 2008).

L’adoption du NEP (puis du NHIP) s’est généralisée en France. Autrefois strictement limitées à des sphères d’intellectuels ou de petits groupes «  d’amis de la nature  », les préoccupations environnementales concernent désormais une majorité de Français. Une enquête de 1998 indique déjà que les Français estiment à 85% que l’Homme ne doit pas utiliser sans exception toute la terre, le fond des océans et la haute atmosphère et qu’il peut perturber de façon définitive l’état de la nature . D’autres enquêtes montrent que les préoccupations 3 environnementales restent durables chez les Français, en 2006, par exemple, 83% d’entre eux sont inquiets lorsqu’ils pensent à l’avenir de la planète et à l’environnement et même 23% très inquiets , et, en 2017, les préoccupations environnementales occupent la cinquième place des 4 préoccupations sociales des Français .5

En parallèle de cela, il y a une construction sociale de l’objet «  environnement  ». Les représentations sociales peuvent être définies comme « un ensemble de croyances, d’images, de métaphores et de symboles collectivement partagés par un groupe, une communauté, une société ou une culture  » (Wagner, 1994 cité dans Caillaud, 2010, p.3). Elles contiennent les attitudes, comme le NEP dans le cas de l’environnement, mais pas seulement. En effet, l’approche des représentations sociales envisage aussi le changement (Billig, 2004). Elles renvoient ainsi à des processus sociaux qui se construisent, se transforment et se partagent au sein des groupes. C’est dans leur rapport avec les autres que les humains construisent l’objet nature. La représentation sociale est une préparation à l’action car elle guide le comportement et

Enquête « Populations, espaces de vie, environnement » menée par l’Institut National d’Études

3

démographiques (INED, 1998).

Enquête « Les Français et l’environnement » menée par TNS Sofres (2006).

4

Baromètre IRSN « La perception des risques et de la sécurité par les Français » mené par l’Institut de

5

Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN, 2017).

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Chapitre 1 - Protection de l’environnement

«  remodèle et reconstitue les éléments de l’environnement où le comportement doit avoir lieu » (Moscovici, 1976, p.47).

La construction de la représentation sociale de l’environnement passe aussi par les médias. Des auteurs ont analysé plus de mille articles de journaux nationaux espagnols, parus entre le Sommet de la Terre de Rio en 1992 et le Sommet de Johannesburg en 2006 (Castrechini, Pol & Guàrdia-Olmos, 2014). L’étude montre que le nombre d’articles sur les questions environnementales a augmenté pendant cette période. De plus, les sujets abordés et le discours ont aussi évolué. Précédemment focalisés sur la nature « sauvage », les sujets traitent désormais aussi de l’environnement urbain. Et le discours autrefois scientifique est devenu politique avec une reconnaissance sociale de la pertinence de ces questions.

Cette représentation sociale de l’environnement, ainsi que la valorisation d’une vision du monde favorable à la protection de l’environnement s’accompagne de l’apparition d’une nouvelle norme sociale pro-écologique. Ainsi, lorsqu’on demande à des sujets de donner une bonne image d’eux-mêmes, ils reportent davantage d’attitudes et de comportements favorables à l’environnement (Félonneau & Becker, 2008). Avoir des attitudes et des comportements pro-environnementaux semble donc désirable socialement.

2. Protéger l’environnement

Cette évolution dans le rapport à l’environnement ne semble pourtant pas toujours traduite dans les comportements effectifs. Pour la majorité des Français, c’est plutôt à l’Etat (à 49%), puis aux entreprises (à 28%), d’agir pour la protection de l’environnement avant eux-mêmes (19%) . Il 6 y a donc un décalage entre les attitudes, généralement favorables à l’environnement, et les comportements (Pahl, Sheppard, Boomsma & Groves, 2014). Soulignons que les comportements pro-environnementaux sont des comportements complexes, qui peuvent être sous-tendus par différentes motivations et qui résultent souvent de plusieurs facteurs difficilement maîtrisables. Malgré tout, des recherches se sont intéressées aux facteurs permettant leur mise en place. Avant de présenter certains de ces facteurs, nous allons tout d’abord définir plus précisément ces comportements pro-environnementaux.

2.1.Définir les comportements pro-environnementaux

Le terme de comportement désigne toute activité d’un organisme vivant qui entraîne des modifications spatio-temporelles observables (Beaugrand, 1988). Ce terme a été réintroduit par Henri Piéron comme l’équivalent de l’anglo-américain «  behavior  ». Selon la théorie de l’apprentissage social, un comportement est toujours dirigé vers un but (Rotter, 1954). Un

Plateforme « Environnement » de l’enquête « Camme » mené par l’Insee et le Commissariat Général au

6

Développement Durable / Service de l’observation et des statistiques (CGDD/SoeS ; 2015)

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Chapitre 1 - Protection de l’environnement

comportement pro-environnemental serai donc une activité observable réalisée dans le but de protéger l’environnement.

Mais cette définition pose un problème. En effet, pour être pro-environnemental, un comportement doit donc être motivé par la volonté de participer à la protection de l’environnement. Un même comportement pourrait ainsi être considéré comme pro-environnemental ou non selon la motivation qui le sous-tend. Prenons, par exemple, le fait d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce. Il peut effectivement s’agir d’un comportement pro-environnemental puisqu’il limite la consommation d’énergie et réduit donc l’impact sur l’environnement. Cependant, ce comportement peut ne pas être effectué dans ce but mais plutôt pour réduire sa facture d’électricité ou tout simplement car c’est devenu une habitude répandue 7 dans nos sociétés. La motivation n’est donc pas ici directement de protéger l’environnement, il ne s’agirait pas alors d’un comportement pro-environnemental. Cela suppose donc de devoir à la fois mesurer les comportements mais aussi les intentions qui les sous-tendent pour déterminer s’il s’agit ou non d’un comportement pro-environnemental.

De plus, se pose alors la question des comportements qui pourraient être motivés par plusieurs buts. On peut éteindre la lumière en sortant d’une pièce à la fois car cela est plus favorable à l’environnement et parce que cela réduit la facture d’électricité. Faudrait-il alors considérer laquelle de ces deux motivations est primaire par rapport à l’autre pour déterminer si le comportement est pro-environnemental ou non ? Ou bien le simple fait que l’une de ses motivations soit de préserver l’environnement suffit-il ?

Pour traiter de ce problème posé par l’intentionnalité, certains auteurs distinguent le comportement environnemental responsable de l’action environnementale. L’action environnementale correspond à une démarche intentionnelle impliquant des décisions, une planification et une exécution dirigée vers un objectif environnemental spécifique (Emmons, 1997 ). Le comportement environnemental responsable (CER, Hungerford & Volk, 1990) 8 correspond, lui, à n’importe quel comportement qui contribue à réduire son impact sur l’environnement. Il peut s’agir autant d’une façon d’agir volontaire et auto-déterminée que d’une réponse automatique pouvant relever d’une habitude ou d’une crainte de sanction sociale (Emmons, 1997). Le CER serait un geste régulier et habituel alors que l’action environnementale serai accomplie à des moments spécifiques.

( L’aspect financier entre très souvent en jeu lorsqu’on s’intéresse aux comportements pro-7

environnementaux. Parfois source supplémentaire de motivation, comme ici en réduisant ses factures énergétiques, il peut aussi être un frein à l’adoption de comportements (comme, par exemple, le fait de choisir ou non d’acheter des produits biologiques, meilleurs pour l’environnement mais présentant un coût financier plus important). Nous reviendrons sur ces aspects lorsque nous discuterons des mesures des comportements pro-environnementaux (voir chapitre 2)

On retrouve dans cette conception l’approche de la théorie de l’apprentissage social de Rotter (1954) selon

8

laquelle un comportement est toujours dirigé vers un but.

(22)

Chapitre 1 - Protection de l’environnement

Un autre aspect important des comportements pro-environnementaux est aussi celui de la balance coûts / bénéfices. En effet, la plupart de ces comportements présentent un coût immédiat pour l’individu, que ce soit des efforts financiers (notamment, en achetant des produits biologiques plus onéreux), physiques (participer à des campagnes de ramassage des déchets par exemple) ou psychologiques (en changeant ses habitudes, comme en éteignant la lumière en sortant de la pièce). Par contre, ils présentent des bénéfices à long terme pour la société (préservation de l’environnement et de ses ressources notamment). Le choix d’effectuer ou non un comportement pro-environnemental peut donc parfois représenter une situation de dilemme social, c’est-à-dire une situation dans laquelle le comportement qui convient le mieux aux intérêts d’un individu est délétère pour le groupe quand chacun l’adopte (Allison, Beggan & Midgley, 1996) . Dans ces situations, Geller (2002) distingue les comportements qu’il qualifie 9 d’  «  incompétents  » qui permettent d’accéder à un gain ou d’éviter un coût immédiat pour l’individu, des comportements dits «  compétents  » qui sont orientés vers la protection de l’environnement. Les comportements compétents peuvent être «  consciemment compétents  », lorsque le sujet connait les comportements à effectuer pour préserver l’environnement et en effectue quelques uns mais pas de façon régulière, ou « inconsciemment compétents » lorsque ces comportements sont devenus des habitudes, des actions automatiques pour le sujet. Selon lui, il faut accompagner les individus vers ces comportements « inconsciemment compétents ». Cette notion nous renvoie à la notion de CER qui correspond également à un geste régulier et habituel.

Enfin, un dernier aspect à souligner dans cette réflexion sur la définition des comportements pro-environnementaux est celui de l’impact sur l’environnement. En effet, pour être pro-environnemental, un comportement doit contribuer à la protection de l’environnement. Pour Stern (1997) un comportement écologiquement significatif est défini par son impact, c’est-à-dire la mesure dans laquelle il modifie soit la disponibilité des matériaux ou de l’énergie de l’environnement soit la structure et la dynamique des écosystèmes. Mais comment définir l’impact d’un comportement individuel pour l’environnement ? Cet impact est, en effet, très difficile à quantifier . De plus, nos comportements, quelques qu’ils soient, ont toujours un impact 10 sur l’environnement. Il semble donc plus pertinent de prendre en compte un impact relatif de ces comportements par rapport aux autres. Ainsi, par exemple, le fait d’acheter des appareils électroménagers basse consommation permet de consommer moins d’énergie que les appareils classiques par exemple, même si la consommation n’est pas nulle. De même, acheter des fruits et légumes biologiques diminue l’impact sur l’environnement car il n’y a pas d’utilisation de

Cette situation de dilemme social posé par les comportements de protection de l’environnement est

9

similaire à celle que l’on peut rencontrer avec les comportements pro-sociaux.

L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) a réalisé en 2011 une étude pour

10

quantifier les impacts environnementaux des produits consommés en France. Ce calcul a nécessité la prise en compte de multiples facteurs (gaz à effet de serre, déchets industriels…) sur toutes les étapes de production, distribution, consommation et fin de vie de ces produits.

(23)

Chapitre 1 - Protection de l’environnement

pesticides par rapport à une agriculture classique. Un comportement serait donc pro-environnemental s’il minimise son impact négatif sur l’environnement (Kollmuss & Agyeman, 2002).

Par rapport à la définition initiale que nous avons proposée pour les comportements pro-environnementaux trois questions se sont donc posées : l’intentionnalité, la balance coûts / bénéfices et l’impact de ces comportements. Suite à ces réflexions, nous choisissons de définir les comportements pro-environnementaux comme des comportements, réalisés de façon intentionnelle ou automatique, présentant un bénéfice reconnu pour l’environnement et ayant un impact négatif moindre sur l’environnement qu’un comportement réalisé par la majorité de la population.

2.2.Typologie des comportements pro-environnementaux

Il existe de multiples types de comportements pro-environnementaux. Nous avons déjà cité quelques exemples comme d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, d’acheter des produits biologiques ou de participer à des campagnes de ramassage des déchets. Tous ces comportements variés peuvent être qualifiés de pro-environnementaux. Beaucoup de recherches les traitent de façon indifférenciée. Cependant, si l’on souhaite s’intéresser aux motivations qui les sous-tendent, il peut être intéressant de les distinguer. En effet, nous l’avons déjà évoqué, certains comportements peuvent être effectués pour d’autres raisons que la protection de l’environnement (comme la préservation de la santé ou une économie financière). C’est pourquoi, certains chercheurs distinguent plusieurs catégories de comportements pro-environnementaux dans leurs recherches afin d’étudier d’éventuelles différences de causalité. Différentes catégorisations de ces comportements peuvent être faites.

La classification la plus répandue est celle par l’objet sur lequel porte le comportement. Ainsi, les comportements de conservation de l’énergie vont regrouper le fait de couper la lumière, l’achat d’électroménagers qui consomment moins d’énergie ou encore le fait de baisser son chauffage par exemple. D’autres comportements se rapportent à la question de la mobilité, avec notamment le fait de privilégier les transports en commun ou le vélo. Un autre type important de comportements pro-environnementaux est celui des comportements de recyclage, avec le tri des déchets par exemple, mais aussi de limitation des déchets, en privilégiant les achats en vrac ou avec peu d’emballages notamment. Les habitudes de consommation font aussi partie des comportements pro-environnementaux possibles, comme l’achat de produits non-nocifs pour l’environnement ou de fruits et légumes de saison. Enfin, d’autres comportements réfèrent plutôt à l’éducation des pairs, avec, entre autres, la diffusion d’informations sur la protection de l’environnement, ou à l’engagement envers la protection au travers d’organismes, avec les dons à

(24)

Chapitre 1 - Protection de l’environnement

des associations par exemple. Cette typologie n’est pas exhaustive et on peut observer quelques variations dans les catégories selon les auteurs.

D’autres chercheurs distinguent les comportements selon leur dimension sociale. Ainsi, Stern (2000), par exemple, établit quatre catégories de comportements : l’activisme environnemental, les comportements non-activistes dans la sphère publique, l’environnementalisme dans la sphère privée et les autres comportements écologiquement significatifs.

L’activisme environnemental correspond à l’engagement dans des organisations de protection de l’environnement, en faisant signer des pétitions par exemple. Les activistes sont ceux qui sont engagés dans des actions publiques pour influencer les systèmes politiques et les comportements de la population. Ils sont le coeur du mouvement écologiste, mouvement qui représente une part importante de leur vie et de leur identité. Les comportements non-activistes dans la sphère publique correspondent, eux, plutôt au soutien et à l’acceptation des politiques publiques, comme l’accord avec les taxes environnementales. Ils sont mis en place par des sympathisants du mouvement qui sont prêts à effectuer quelques actions ou donations pour le soutenir. Ces comportements se distinguent de l’activisme car ils ne sont pas motivés par les mêmes variables psycho-sociales (Dietz, Stern & Guagnano, 1998 ; Stern, Dietz, Abel, Guagnano & Kalof, 1999). Cependant, la frontière entre ces deux catégories est floue car les individus peuvent passer de l’une à l’autre (Snow, Rochford, Worden & Benford, 1986).

Les comportements pro-environnementaux dans la sphère privée correspondent à l’achat, l’utilisation et l’élimination des produits personnels et ménagers. Parmi ces comportements, Stern (2000) fait des distinctions en fonction de la décision qu’ils impliquent selon qu’il s’agisse d’un achat majeur (choix de la voiture ou du type d’énergie consommée dans le foyer), de l’utilisation et de la maintenance (entretien du chauffage par exemple), de l’élimination des déchets et, enfin, des pratiques d’achats quotidiens (achat de produits recyclés ou biologiques).

Enfin, les autres comportements écologiquement significatifs sont, pour Stern (2000), des comportements qui vont influencer les actions des organisations auxquelles les individus appartiennent. Ainsi, un ingénieur peut intégrer le souci de la protection de l’environnement dans la manière de concevoir un produit par exemple. Ces comportements peuvent avoir un impact non-négligeable car les entreprises sont une source importante de problèmes environnementaux (Stern & Gardner, 1981 ; Stern, 2000).

Chacune de ces catégories de comportements peut être motivée par un pattern de normes, de croyances ou de valeurs différentes (Stern et al., 1999) .11

Enfin, d’autres typologies se focalisent sur le principe du comportement. Clayton et Myers (2009), par exemple, distinguent trois catégories de comportements individuels pro-environnementaux : les comportements de réduction qui consistent à utiliser moins de ressources

Nous reviendrons sur les différents déterminants des comportements pro-environnementaux plus en détail

11

au chapitre 3.

(25)

Chapitre 1 - Protection de l’environnement

(comme acheter moins, prendre des douches plus courtes, baisser le chauffage…), les choix comportementaux qui renvoient à comment faire (utiliser les transports en commun, recycler, ré-utiliser…) et les choix d’acheter ou d’utiliser la technologie (utiliser une voiture hybride, souscrire à une source d’énergie verte…). D’autres chercheurs, travaillant notamment sur le changement climatique, distinguent les comportements d’atténuation et ceux d’adaptation (voir par exemple Haden, Niles, Lubell, Perlman & Jackson, 2012). Les comportements d’atténuation visent à réduire ou éliminer le risque (comme en investissant dans des équipements consommant peu de carburants ou en installant des panneaux solaires) alors que les comportements d’adaptation sont des actions d’ajustement aux conséquences du problème (passer à une culture nécessitant moins d’eau pour les agriculteurs par exemple).

(26)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

Les comportements pro-environnementaux sont donc des comportements, réalisés de façon intentionnelle ou automatique, présentant un bénéfice reconnu pour l’environnement et ayant un impact négatif moindre sur l’environnement qu’un comportement réalisé par la majorité de la population. Se pose maintenant la question de la mesure de ces comportements.

1. Aperçu des différentes mesures existantes

Il y a deux grands types de mesures pour les comportements : l’auto-déclaration ou l’observation directe. L’observation directe permet de vérifier que le comportement étudié a réellement été effectué par le sujet, mais pose des limites de faisabilité car les comportements pro-environnementaux ont lieu à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée. En effet, il est compliqué de suivre la personne au quotidien pour observer, par exemple, ses habitudes de recyclage, ou encore sa consommation d’énergie ou d’eau. Des dispositifs peuvent permettre de faciliter cela (avec des relevés à distance de la consommation notamment), mais cela reste des dispositifs expérimentaux lourds à mettre en place et peu utilisés. C’est l’auto-déclaration qui est donc le plus généralement utilisée pour évaluer les comportements, malgré les biais que peut poser ce type de méthodologie, notamment en terme de désirabilité sociale.

1.1.Quelques exemples de mesures

Beaucoup de chercheurs qui s’intéressent aux comportements pro-environnementaux utilisent leurs propres mesures spécifiques. Il s’agit de comportements précis, limités à un aspect de la protection de l’environnement, plutôt que d’échelles de mesures globales. Ainsi, les chercheurs vont s’intéresser, par exemple, au choix du mode de transport (Collins & Chambers, 2005 ; Joireman, Van Lange & Van Vugt, 2003), à la conservation de l’énergie (Samuelson & Biek, 1991 ; Walker, 1979) ou de l’eau (Dickerson, Thibodeau, Aronson & Miller, 1992 ; Lam, 1999) ou encore au recyclage et à la réduction des déchets (Ebreo & Vining, 2001 ; Lindsay & Strathman, 1997), ou même à un comportement unique comme le fait d’accepter de tenir un stand pour une agence de protection de l’environnement (Demarque, Apostolidis & Joule, 2013).

Il existe cependant quelques échelles générales. Karp (1996), par exemple, a développé une échelle de participation à des activités pro-environnementales. Cette échelle comprend 16 items mesurant la fréquence de participation à ce type d’activités sur une échelle en cinq points (de 1 « jamais » à 5 « toujours »). Trois facteurs correspondant à des profils de sujets différents se

(27)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

dégagent de l’analyse de cette échelle. Le premier facteur est celui «  bon citoyen  » qui correspond aux comportements pro-environnementaux réalisés fréquemment (comme recycler les bouteilles ou éviter d’utiliser des aérosols). Le second facteur est « l’activiste » qui comprend des comportements réalisés moins fréquemment car demandant un investissement plus important (donner de l’argent à une association ou faire du bénévolat par exemple). Enfin, le troisième facteur, celui du « consommateur sain », regroupe des comportements, peu fréquents, de consommation (notamment acheter des produits sans conservateurs ou issus de l’agriculture biologique). Selon Karp, le facteur « bon citoyen » est normatif du fait de la fréquence élevée de réalisation de ces comportements.

Au Canada, Pelletier et ses collègues (non-publié, cité dans Pelletier, Green-Demers & Béland, 1997) utilisent, eux, un inventaire des comportements écologiques qui comprend quatre sous-échelles que sont le recyclage, la conservation d’énergie, l’achat de produits non-nocifs pour l’environnement et enfin la recherche d’information sur les comportements pro-environnementaux. Pour chaque comportement, les participants doivent indiquer la fréquence à laquelle ils effectuent ce comportement, sur une échelle en sept points (de 1 « peu souvent » à 7 « très souvent »).

Au Brésil, Pato et Tamayo (2006) ont validé une échelle de comportements écologiques (ECE), inspirée de l’échelle de Karp (1996), comprenant 44 items plus 5 items de désirabilité sociale. Pour chaque comportement, les sujets doivent indiquer indiquer la fréquence à laquelle ils effectuent ce comportement, sur une échelle en six points (de 1 « jamais » à 6 « toujours »). Cette échelle possède quatre dimensions : l’activisme-consommation, les économies d’eau et d’énergie, le nettoyage urbain et le recyclage.

1.2.L’échelle générale des comportements pro-environnementaux

Mais l’échelle la plus utilisée pour mesurer les comportements pro-environnementaux est l’échelle générale des comportements pro-environnementaux (General Ecological Behavior, GEB, Kaiser, 1998) qui mesure l’engagement des sujets dans différents comportements en rapport avec la protection de l’environnement . Ces comportements sont regroupés en six catégories que sont 12 la mobilité, la conservation d’énergie, la consommation, les comportements indirects et sociaux, la limitation des déchets et enfin le recyclage. Pour chaque comportement, les sujets indiquent s’ils effectuent ou non ce comportement. Cette échelle est beaucoup utilisée dans les pays anglophones, il semble cependant qu’il existe peu de validations dans d’autres langues (traduction en allemand et en suédois par Kaiser & Biel, 2000 ; en espagnol par Corral-Verdugo et al., 2009).

Cette échelle est présentée en Annexe 1.

12

(28)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

Cette échelle n’existant pas en version française, nous avons, dans un premier temps, souhaité la traduire et la tester sur notre population . Après traduction des 50 items, nous avons 13 soumis le questionnaire à des étudiants français (N=58). Les commentaires ont indiqué que les sujets ont bien identifié que le questionnaire s’intéressait à l’environnement. La validité semble donc bonne. Par contre, le test de fiabilité ne donne pas des résultats satisfaisants, l’alpha de Cronbach étant de 0,55 avec 49 items. Au vu de ces résultats, nous ne pouvons pas utiliser cette traduction pour mesurer les comportements de protection de l’environnement dans notre population. Il est donc nécessaire de développer une autre échelle plus adaptée.

2. Étude 1 : Développement d’une nouvelle échelle de mesure

14

La traduction de l’échelle GEB n’ayant pas été validée, nous devons, pour mesurer les comportements pro-environnementaux, développer une nouvelle mesure. Notre objectif est donc d’élaborer une nouvelle échelle de mesure, plus actuelle et adaptée à la population française, et notamment aux étudiants, afin de pouvoir l’utiliser pour évaluer les comportements pro-environnementaux réalisés. Pour cela, nous allons procéder en deux étapes : tout d’abord par des entretiens exploratoires pour dégager une liste de comportements réalisés par les sujets dans le but de protéger l’environnement, puis ensuite par un questionnaire permettant de tester l’échelle créée.

2.1.Étude 1a : Entretiens exploratoires

Cette première étape par entretiens exploratoires va permettre de dégager une liste de comportements réalisés au quotidien par les sujets pour protéger l’environnement. Cette liste pourra ensuite être utilisée pour la création d’une échelle de mesure des comportements pro-environnementaux.

2.1.1.Méthode 2.1.1.1.Sujets

Les participants (N=13) sont des étudiants de nationalité française, âgés en moyenne de 22 ans (ET=3), dont 7 hommes et 6 femmes. Ils sont étudiants dans différents domaines

Nous nous limiterons ici à un bref résumé de ce test, le détail est présenté en Annexe 2. La traduction est

13

visible enAnnexe 1.

Pour chaque étude, nous avons noté les périodes de passation et avons noté les événements marquants

14

qui ont eu lieu sur ces périodes et qui ont un lien avec l’environnement ou ont marqué l’actualité française. Durant les passations de cette étude, un séisme au Népal s’est produit.

(29)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

(informatique, environnement, sciences humaines…), vivent en France Métropolitaine (dont 54% en région parisienne) et principalement en appartement (69%). Parmi les sujets, 46% appartiennent à une association de protection de l’environnement (3 hommes et 3 femmes).

Les sujets ont été recrutés via les réseaux sociaux, sur des groupes d’Universités ou d’écoles ainsi que sur des groupes d’intérêt pour la protection de l’environnement.

2.1.1.2.Matériel

Un guide d’entretien semi-directif a été élaboré autour du thème des comportements pro-environnementaux. Il questionne les sujets sur les comportements qu’on peut réaliser au quotidien en faveur de l’environnement, ceux que font les sujets eux-mêmes ou que leurs proches font ou encore ceux qu’ils aimeraient faire. Une question porte également sur les comportements qui leur semblent défavorables à l’environnement.

2.1.1.3.Procédure

L’étude est présentée comme portant sur les comportements quotidiens. Les sujets ont été recrutés via les réseaux sociaux et un rendez-vous téléphonique était convenu. L’entretien s’est déroulé par téléphone afin de cibler des participants de toute la France. Il durait environ 20 minutes. Les différentes questions du guide d’entretien ont toutes été abordées avec chaque sujet, en s’adaptant à ses réponses.

A la fin de l’entretien, lorsque le sujet n’a plus de nouveaux éléments à apporter, les informations concernant son sexe, son âge, son domaine d’étude, son lieu et type d’habitation ainsi que son éventuelle appartenance à une association de protection de l’environnement ont été notées.

2.1.2.Résultats

Une analyse thématique a été effectuée sur les réponses des sujets lors des entretiens. Cette analyse a permis de dégager sept grandes catégories de comportements pro-environnementaux : la consommation d’énergie et d’eau, les transports, la gestion des déchets, l’alimentation, la communication, l’associatif et la consommation diverse (voir Tableau 2) .15

L’analyse de contenu nous indique donc une catégorisation par objet du comportement (voir le chapitre

15

1, paragraphe 2.2 sur la typologie des comportements).

(30)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

Tableau 2. Analyse thématique de contenu des entretiens sur les comportements pro-environnementaux

2.2.Étude 1b : Questionnaire

Suite aux entretiens exploratoires, une liste de comportements réalisés en faveur de l’environnement a donc pu être établie. Ces comportements ont servi à bâtir un questionnaire de mesure des comportements pro-environnementaux qu’il est nécessaire de tester à l’aide d’une passation commentée.

Catégorie Définition Exemples de comportements Pourcentage d’occurence

Consommation d’eau

et d’énergie Limiter sa consommation d’énergie et d’eau

Couper la lumière en sortant d’une pièce, utiliser des lampes à économie d’énergie, se doucher moins souvent

24 %

Transports Privilégier les transports qui nuisent le moins à l’environnement

Privilégier les transports en commun, utiliser une voiture électrique, favoriser le train à l’avion pour les voyages

21 %

Gestion des déchets Limiter et trier ses

déchets Trier ses déchets, réutiliser les objets, ne pas imprimer systématiquement, réparer plutôt que jeter

20 %

Alimentation Choisir une alimentation qui limite l’impact sur l’environnement

Consommation de produits issus de l’agriculture biologique ou de produits locaux, adoption d’un régime alimentaire végétarien

14 %

Communication Communiquer sur la protection de l’environnement

Sensibiliser son entourage à la protection de l’environnement, faire une réflexion aux personnes jetant leurs déchets dans la rue, relayer des information sur

l’environnement

10 %

Associatif S’impliquer dans des

associations pour protéger l’environnement

Faire des dons financiers à des associations de protection de l’environnement, faire du bénévolat

6 %

Consommations

diverses Consommer des produits limitant l’impact sur l’environnement

Utiliser des produits de beauté certifiés biologiques, fabriquer soi-même ses produits d’entretien, acheter des meubles ou des vêtements fabriqués en France

4 %

(31)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

2.2.1.Méthode 2.2.1.1.Sujets

Les participants (N=162) sont des étudiants de nationalité française âgés en moyenne de 22 ans (ET=2), dont 80% de femmes. Ils sont étudiants dans différents domaines (informatique, biologie, environnement, sciences humaines…) et vivent en France Métropolitaine, majoritairement en appartement. Parmi les sujets, 10% appartiennent à une association de protection de l’environnement.

Les sujets ont été recrutés via les réseaux sociaux, de la même manière que pour l’étude par entretien.

2.2.1.2.Matériel

L’évaluation des comportements pro-environnementaux s’effectue par 52 items de comportements élaborés grâce au contenu des entretiens préalables. Ces items appartiennent aux sept catégories dégagées lors de l’analyse des entretiens : la consommation d’énergie et d’eau (avec par exemple « Je prends des bains régulièrement », item inversé) , les transports (« Je fais les petits trajets à vélo »), la gestion des déchets (« Je répare les objets abîmés plutôt que de les jeter »), l’alimentation (« Je consomme des fruits et légumes de saison »), la communication (« Je fais une réflexion aux personnes qui jettent des déchets dans la rue »), l’associatif (« Je fais des dons financiers à des associations de protection de l’environnement ») et la consommation diverse (« Je fabrique moi-même mes produits de nettoyage  »). Notons que les catégories ne contiennent pas toutes le même nombre d’items mais reflètent la diversité (importante ou non) des comportements évoqués lors des entretiens exploratoires (étude 1a). Pour chaque comportement, les sujets doivent indiquer si oui ou non ils effectuent ce comportement.

Afin de repérer les items posant problème, une évaluation des items a été soumise aux sujets. Pour chaque item, on demande aux sujets d’indiquer s’ils pensent avoir bien compris la question et s’ils ont des commentaires à formuler dessus. Enfin, d’un point de vue général, on leur demande d’indiquer leur préférence pour les modalités de réponses (fermée en oui / non ou ordinale avec une échelle de type Likert en 7 points, de 1 « jamais » à 7 « toujours »), ainsi que de formuler d’éventuels commentaires sur l’échelle globale.

2.2.1.3.Procédure

L’étude est présentée comme un test d’un matériel en vue d’une prochaine recherche sur les comportements quotidiens. Les participants sont invités à répondre à un questionnaire en ligne, avec une durée de passation d’environ 20 minutes. Les participants devaient compléter les

(32)

Chapitre 2 - Évaluer les comportements pro-environnementaux

trois parties du questionnaire : la première sur les comportements pro-environnementaux, puis l’évaluation du questionnaire et enfin une dernière partie concernant les données socio-démographiques des participants. Les participants devaient obligatoirement répondre à tous les items à l’exception des commentaires sur les items qui étaient facultatifs afin de ne pas alourdir la passation.

2.2.2.Résultats

La fiabilité de l’échelle de mesure des comportements pro-environnementaux a été vérifiée, avec les 52 items, l’alpha de Cronbach est de α=0,832. Une version plus courte a été élaborée en supprimant les items les moins corrélés, avec 40 items l’alpha est de α=0,871. Cette version à 40 items sera plus rapide à utiliser dans le cadre de questionnaires comprenant d’autres mesures.

Concernant les échelles de réponses, 72% des sujets préfèrent une échelle en « oui » / « non » qui permet des réponses plus rapides à une échelle de fréquence, même si la possibilité de nuancer sa réponse intéresse les sujets. Certes, cette échelle en « oui » / « non » est moins précise qu’une échelle de fréquence, mais elle permet tout de même d’accéder à l’information des comportements réalisés par les sujets (plus ou moins fréquemment mais réalisés) et de comparer le nombre de comportements différents selon les sujets ce qui est un indicateur de l’engagement comportemental des sujets en faveur de l’environnement.

2.3.Conclusion

Nous avons donc désormais une échelle de mesure des comportements pro-environnementaux adaptée au contexte socio-culturel de notre population d’étude. Cette échelle possède 40 items (α=0,871) répartis en sept catégories (consommation d’énergie et d’eau, transports, gestion des déchets, alimentation, communication, associatif et consommation diverse). Pour chaque comportement, les sujets devront indiquer s’ils l'effectuent ou non .16

Le questionnaire obtenu est présenté en Annexe 3.

16

(33)

Chapitre 3 - Déterminants des comportements pro-environnementaux

Chapitre 3 - Déterminants des comportements

pro-environnementaux

Maintenant que nous avons discuté de la définition et des mesures des comportements pro-environnementaux, intéressons-nous aux facteurs qui permettent leur mise en place. En effet, l’adoption et le maintien de ces comportements sont facilités, ou au contraire freinés, par certaines dimensions individuelles ou certains facteurs contextuels à la fois psychosociaux et environnementaux. Nous allons donc aborder certaines de ces variables, ainsi que des modèles explicatifs des comportements pro-environnementaux.

1. Principaux déterminants

1.1.Modèle du comportement planifié

Lorsqu’on s’intéresse aux déterminants des comportements, le premier modèle explicatif auquel on fait appel est généralement celui du comportement planifié d’Ajzen. Selon la théorie de l’action raisonnée (Ajzen & Fishbein, 1980), le comportement est prédit par l’intention comportementale, intention qui est plus facile à mesurer et à opérationnaliser que les comportements eux-mêmes. D’après le modèle du comportement planifié d’Ajzen (1991), ces intentions comportementales peuvent être déterminées par les normes subjectives, le contrôle comportemental perçu mais aussi par les attitudes par rapport au comportement (voir Figure 1).

Figure 1. Modèle du comportement planifié (d’après Ajzen, 1991)

(34)

Chapitre 3 - Déterminants des comportements pro-environnementaux

Ce modèle accorde une place primordiale aux intentions comportementales. Par rapport à notre définition des comportements pro-environnementaux, il ne permet donc d’expliquer que les comportements réalisés de façon intentionnelle mais pas ceux réalisés de façon automatique. Il serait intéressant de faire appel également à des modèles ne faisant pas intervenir les intentions comportementales.

De plus, ce modèle du comportement planifié sert à expliquer n’importe quel comportement. Mais d’autres modèles peuvent être utilisés pour le cas particulier des comportements pro-environnementaux. Certains de ces modèles ont été développé pour les comportements pro-sociaux, auxquels les comportements écologiques appartiennent car bénéficiant à l’ensemble de la société, ou très spécifiquement pour s’adapter au contexte de l’environnement. Nous allons présenter de façon synthétique une partie de ces modèles en faisant ressortir les variables intéressantes à ajouter au modèle d’Ajzen pour expliquer au mieux les comportements pro-environnementaux.

1.2.Attitudes et leurs variables prédictives

Intéressons-nous tout d’abord aux attitudes, qui, dans le modèle d’Ajzen, permettent de prédire les intentions comportementales. Les attitudes ont d’abord été définies par Allport (1935) comme « un état mental et nerveux de préparation, organisé à partir de l’expérience, exerçant une influence directive ou dynamique sur les réponses de l’individu à tous les objets ou situations auxquels il est confronté ». Le caractère prédictif de l’attitude est donc important. De même que le rôle de l’expérience, en effet, pour Allport, une attitude envers un objet non rencontré auparavant n’existe pas. Selon la théorie tri-componentielle des attitudes (Rosenberg & Hovland, 1960), les attitudes peuvent se décrire sur trois composantes : une composante affective, concernant les émotions positives ou négatives à l’égard de l’objet, une composante cognitive, relative aux connaissances et croyances que le sujet possède sur l’objet, et une composante conative qui se réfère aux comportements passés et présents face à l’objet mais aussi à ses intentions comportementales futures. Plus récemment, Eagly et Chaiken (1993) définissent une attitude comme «  une tendance à évaluer une entité avec un certain degré de faveur ou de défaveur, habituellement exprimée dans des réponses cognitives, affectives et comportementales ».

Les valeurs peuvent influencer les attitudes. Schultz et Zelezny (1999) ont, par exemple, étudié ce lien avec une étude internationale dans 14 pays. Ils mesurent 10 types de valeurs répartis en quatre catégories : la transcendance de soi (avec l’universalisme et l’altruisme), la réalisation de soi (avec le pouvoir et l’accomplissement personnel), l’ouverture (avec l’auto-détermination, la stimulation et l’hédonisme) et enfin les valeurs traditionnelles (avec la tradition, la conformité et la sécurité ; questionnaire des valeurs de Schwartz, 1992, 1994). Les attitudes sont mesurées à l’aide du score au NEP, mais aussi par une échelle d’attitudes écocentrique (basée

Figure

Tableau 1. Niveaux d’analyse socio-spatiaux des relations humains-environnement

Tableau 1.

Niveaux d’analyse socio-spatiaux des relations humains-environnement p.12
Tableau 2. Analyse thématique de contenu des entretiens sur les comportements pro-environnementaux

Tableau 2.

Analyse thématique de contenu des entretiens sur les comportements pro-environnementaux p.30
Figure 1. Modèle du comportement planifié (d’après Ajzen, 1991)

Figure 1.

Modèle du comportement planifié (d’après Ajzen, 1991) p.33
Figure 2. Schéma synthétique des différents déterminants des comportements pro-environnementaux

Figure 2.

Schéma synthétique des différents déterminants des comportements pro-environnementaux p.38
Figure 3. Schéma des principaux résultats de l’étude 2 sur les déterminants des intentions de protection des  animaux

Figure 3.

Schéma des principaux résultats de l’étude 2 sur les déterminants des intentions de protection des animaux p.45
Figure 4. Perspective temporelle selon la classe d’âge, mesurée par le score à l’échelle ZTPI

Figure 4.

Perspective temporelle selon la classe d’âge, mesurée par le score à l’échelle ZTPI p.63
Tableau 3. Aperçu de différentes échelles de mesure de la perspective temporelle (PT)

Tableau 3.

Aperçu de différentes échelles de mesure de la perspective temporelle (PT) p.66
Tableau 4.  Revue des études traitant du lien entre perspective temporelle (PT) et engagement  environnemental  !68EtudePays Population Mode de passationTypeTailleGenre (en % de femmes)Âge moyen

Tableau 4.

Revue des études traitant du lien entre perspective temporelle (PT) et engagement environnemental !68EtudePays Population Mode de passationTypeTailleGenre (en % de femmes)Âge moyen p.76
Tableau 5. Comparaison entre les groupes 1 (membres d’une association de protection) et 2 (non membres)  pour le rapport à la nature, la perspective temporelle et les comportements pro-environnementaux

Tableau 5.

Comparaison entre les groupes 1 (membres d’une association de protection) et 2 (non membres) pour le rapport à la nature, la perspective temporelle et les comportements pro-environnementaux p.88
Tableau 6. Effet de chaque dimension temporelle sur les comportements pro-environnementaux selon les  groupes (1 : membres d’une association de protection et 2 : non membres)

Tableau 6.

Effet de chaque dimension temporelle sur les comportements pro-environnementaux selon les groupes (1 : membres d’une association de protection et 2 : non membres) p.91
Tableau 7. Effet de chaque dimension temporelle sur les groupes comportementaux selon les groupes (1 :  membres d’une association de protection et 2 : non membres)

Tableau 7.

Effet de chaque dimension temporelle sur les groupes comportementaux selon les groupes (1 : membres d’une association de protection et 2 : non membres) p.92
Tableau 8. Synthèse des effets de la distance psychologique (DP) sur la représentation, la prédiction,  l’évaluation et les comportements

Tableau 8.

Synthèse des effets de la distance psychologique (DP) sur la représentation, la prédiction, l’évaluation et les comportements p.121
Figure 5. Distance temporelle perçue avec les problèmes environnementaux.

Figure 5.

Distance temporelle perçue avec les problèmes environnementaux. p.126
Figure 6. Distances spatiale, sociale et hypothétique perçues des  problèmes  environnementaux

Figure 6.

Distances spatiale, sociale et hypothétique perçues des problèmes environnementaux p.127
Tableau 9. Corrélations entre les dimensions de la distance psychologique

Tableau 9.

Corrélations entre les dimensions de la distance psychologique p.129
Tableau 10. Régression des dimensions de la distance psychologique sur les préoccupations  environnementales

Tableau 10.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur les préoccupations environnementales p.130
Tableau 11. Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales  pro-environnementales

Tableau 11.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales pro-environnementales p.131
Figure 7. Préoccupations comme médiateur de l’effet de la distance psychologique sur les intentions  comportementales

Figure 7.

Préoccupations comme médiateur de l’effet de la distance psychologique sur les intentions comportementales p.132
Tableau 13. Corrélations et test T entre les dimensions de la distance psychologique perçue pour les  problèmes environnementaux en général  versus  le problème jugé le plus préoccupant

Tableau 13.

Corrélations et test T entre les dimensions de la distance psychologique perçue pour les problèmes environnementaux en général versus le problème jugé le plus préoccupant p.134
Tableau 14. Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales  dans le contexte du problème de disparition des espèces

Tableau 14.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales dans le contexte du problème de disparition des espèces p.135
Tableau 15. Vérification de la manipulation de la distance psychologique

Tableau 15.

Vérification de la manipulation de la distance psychologique p.146
Tableau 17. Régression des dimensions de la distance psychologique sur l’évaluation de la gravité du risque

Tableau 17.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur l’évaluation de la gravité du risque p.147
Tableau 16. Régression des dimensions de la distance psychologique sur l’évaluation de la réalité du risque

Tableau 16.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur l’évaluation de la réalité du risque p.147
Tableau 18. Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales

Tableau 18.

Régression des dimensions de la distance psychologique sur les intentions comportementales p.148
Tableau 19. Synthèse des études menées

Tableau 19.

Synthèse des études menées p.163

Références