Discrimination temporelle dans la modalité visuelle : effets de latéralité et de la structure des intervalles

66  Download (0)

Texte intégral

(1)

<?ϋ5׳

UL

dooo

L^^

MELANIE LAPOINTE

DISCRIMINATION TEMPORELLE DANS LA MODALITÉ VISUELLE : EFFETS DE LATÉRALITÉ ET DE LA STRUCTURE DES INTERVALLES

Mémoire présenté

à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval

pour l’obtention

du grade de maître en psychologie (M. Ps.)

École de psychologie

FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL

SEPTEMBRE 2000

(2)

Deux expériences portant sur la discrimination temporelle dans le mode visuel visent à éclaircir Γambiguïté concernant la supériorité de !’hémisphère gauche (HG) sur

l’hémisphère droit (HD) pour le traitement temporel. Chaque hémisphère pourrait traiter cette information selon un processus holistique (HD) et analytique (HG). Si un intervalle vide est associé à un traitement holistique, la performance des participants devrait être supérieure lorsque les signaux sont présentés dans le champ visuel gauche (CVG) plutôt que dans le champ visuel droit (CVD). Si un intervalle plein est associé à un traitement analytique, la performance devrait être meilleure lorsque le signal est présenté dans le CVD plutôt que dans le CVG. L’effet de ces variables est testé avec des durées de 125, 250, 500 et 1000 ms. Les résultats ne démontrent pas de différences de performance que les stimuli soient présentés dans le CVG ou le CVD. Il n’y a pas d’interaction pour chaque structure d’intervalles en fonction du champ visuel et de la durée.

Simon Grondin Directeur de recherche Mélanie Lapointe

(3)

Je souhaite remercier mon directeur de recherche M. Simon Grondin pour sa supervision tout au long du présent projet. Je tiens à remercier tout spécialement une très grande amie, Mme Isabelle Guay, pour le support apporté non seulement lors de la réalisation des différentes étapes du présent mémoire mais aussi pour ses encouragements et son soutien au cours de mes études universitaires. Je remercie également mon père et ma mère dont le courage et la joie de vivre m’ont certes permis de surmonter les obstacles inhérents à la réalisation de mes ambitions. Je souhaite aussi remercier mes amis qui ont contribué, de différentes façons, à compléter ce mémoire. Enfin, je désire souligner l’apport financier du C.R.S.N.G qui m’a permis de me consacrer pleinement à la réalisation de ce projet.

(4)

pages

RÉSUMÉ... ii

AVANT-PROPOS... iii

TABLE DES MATIÈRES... iv

LISTE DES TABLEAUX... vi

LISTE DES FIGURES... vil INTRODUCTION GÉNÉRALE...1

CONTEXTE THÉORIQUE... 2

Supériorités de l’HG et de PHD... 2

Dichotomie verbale/non-verbale... 2

Dichotomie analytique/holi stique... .4

Découverte d’asymétrie... 5

Méthodes utilisées en perception du temps... 6

Jugements d’ordre temporel... 7

Jugements de simultanéité... 8 Jugements de séquence... 8 Masquage... 9 Détection d’interruption... 9 Estimation de la durée... 10 Discrimination d’intervalles... 10

Influence de la structure des intervalles en discrimination temporelle... 13

La présente étude... 14 Hypothèses... 15 EXPÉRIENCE 1... 16 Méthode... 16 Participants... 16 Matériel... 16 Procédure... 16 Résultats... 17 IV

(5)

Méthode... 19 Participants... 19 Matériel... 19 Procédure... 19 Résultats... 20 DISCUSSION GÉNÉRALE...22

Structure des intervalles...22

Sensibilité...22

Durée perçue... 26

Différences CVG-CVD ...27

Dichotomie analytique/holistique et traitement temporel...28

Recommandations... ... 29

CONCLUSION... 30

RÉFÉRENCES... 31

ANNEXE A : Tableaux... 36

ANNEXE B : Figures... 43

ANNEXE C : Formulaires de consentement... 50

ANNEXE D : Tableaux des analyses de la variance...54

(6)

Tableau 1. Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses correctes selon la structure et le champ visuel pour Γ expérience 1.

Tableau 2, Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses « long » selon la structure et le champ visuel pour l’expérience 1.

Tableau 3. Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses correctes pour chaque structure d’intervalles en fonction du champ visuel et de la durée impliquée pour

l’expérience 1.

Tableau 4. Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses « long » pour chaque structure d’intervalles en fonction du champ visuel et de la durée impliquée pour l’expérience 1.

Tableau 5. Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses correctes selon la structure de !’intervalles et la localisation du stimulus pour l’expérience 2.

Tableau 6. Moyenne et erreur-type des pourcentage de réponses correctes pour les intervalles vides ou pleins en fonction de la localisation du marqueur pour l’expérience 2.

Tableau 7. Moyenne et erreur-type des pourcentages de réponses « long » selon la structure de !’intervalles et la localisation du stimulus pour l’expérience 2.

Tableau 8. Moyenne et erreur-type des pourcentage de réponses « long » pour les

intervalles vides ou pleins en fonction de la localisation du marqueur pour l’expérience 2.

(7)

Figure 1. Illustration de la voie sensorielle empruntée par F information visuelle provenant du CVG et du CVD.

Figure 2. Pourcentage de réponses correctes pour une durée de 125 ms en fonction du champ visuel et de la structure de F intervalle pour l’expérience 1.

Figure 3. Pourcentage de réponses « long » pour une durée de 125 ms en fonction du champ visuel et de la structure de l’intervalle pour l’expérience 1.

Figure 4. Pourcentage de réponses correctes pour une durée de 125 ms en fonction du champ visuel et de la structure de l’intervalle pour l’expérience 2.

Figure 5. Pourcentage de réponses « long » pour une durée de 125 ms en fonction du champ visuel et de la structure de l’intervalle pour l’expérience 2.

Figure 6. Schéma de l’hypothèse du marqueur interne.

(8)

Effets de latéralité et de la structure des intervalles

INTRODUCTION GÉNÉRALE

L’être humain vit quotidiennement différentes situations requérant un ajustement au temps, ce qui amène certains chercheurs à tenter de mieux comprendre la manière dont le cerveau traite T information temporelle. Il existe une controverse quant à la localisation hémisphérique du traitement temporel. La plupart du temps, les auteurs rapportent une supériorité de PHG par rapport à T HD, mais certaines études impliquant différentes tâches temporelles n’appuient pas cette hypothèse (Clark & Geffen, 1990; Grondin, 1998). Il existe aussi des ambiguïtés à propos des résultats concernant le traitement de !’information temporelle dont plusieurs aspects demandent des investigations plus poussées. L’objectif de ce mémoire est d’étudier les asymétries existant au niveau du traitement de

!’information temporelle et ce, à l’aide d’une tâche de discrimination d’intervalles

temporels dans la modalité visuelle. Plus précisément, il s’agit de vérifier si des différences sont observées selon que les signaux visuels sont présentés dans le CVG, dans le CVD ou à la fovéa. Cette vérification est effectuée à l’aide d’intervalles vides et pleins. Quatre

(9)

CONTEXTE THÉORIQUE

Le présent contexte porte d’abord sur différents effets de latéralité observés dans la littérature. Ensuite, les effets d’un facteur sensoriel affectant la discrimination temporelle, la structure des intervalles, est abordé.

Supériorités de THG et de T HD

Le cerveau permet l’exécution de plusieurs activités et les deux hémisphères cérébraux sont fonctionnellement différents. Les chercheurs rapportent une supériorité d’un

hémisphère par rapport à l’autre pour la réalisation de certaines tâches. (Bradshaw & Nettleton, 1983; Kimura, 1966; Sasanuma, Itoh, Mori & Kobayashi, 1977). Selon Efron (1990), THG est supérieur à T HD pour le traitement du langage, les mathématiques, l’analyse détaillée, la pensée logique, l’analyse séquentielle et temporelle et il exerce un traitement sériel de Γinformation sensorielle. L’HD est supérieur à THG pour les

expressions émotionnelles, l’intuition, la reconnaissance des visages et des expressions faciales, 1 ’ accomplissement artistique, les attitudes musicales, T analyse visuo-spatiale et il opérerait selon un mode de traitement parallèle de !’information. Bradshaw et Nettleton (1983) rapportent également certaines supériorités pour chacun des hémisphères. Les patients ayant une lésion au niveau de THG ont des difficultés au niveau de !’organisation séquentielle et les dessins reproduits sont simplifiés, mais le contour général est retenu. Par contre, ceux ayant une lésion à T HD accordent trop d’attention aux détails et ont des problèmes au niveau de !’organisation globale. La découverte de capacités fonctionnelles différentes pour chaque hémisphère a amené !’utilisation de systèmes de catégorisation appelé dichotomie. Une dichotomie très connue est celle associant THG aux processus verbaux et T HD aux stimuli non-verbaux. Une autre dichotomie associe THG à un mode de traitement analytique et T HD à un mode de traitement holistique.

Dichotomie verbale/non-verbale

Cette dichotomie est très utilisée et certains chercheurs rapportent des résultats qui appuient cette façon de catégoriser les fonctions cérébrales (Kimura, 1966, 1967; Mishkin & Forgays, 1952). Kimura (1966) montre que des lettres sont identifiées plus efficacement lorsqu’elles sont présentées dans le CVD plutôt que dans le CYG. Elle observe aussi que

(10)

Í’énumération de stimuli non-verbaux est plus efficace quand ils sont présentés dans le CVG plutôt que dans le CVD. Kimura (1967) montre que la reconnaissance de mots présentés à Γoreille droite est supérieure à celle des mots présentés à l’oreille gauche. De plus, !’identification de mélodies parvenant à l’oreille gauche est supérieure à celle des mélodies parvenant à l’oreille droite. Ces résultats montrent une supériorité de l’HG pour le traitement de !’information verbale et une supériorité de PHD pour le traitement de stimuli de nature non-verbale. Mishkin et For gays (1952) démontrent une supériorité de l’HG pour l’analyse de stimuli verbaux car des mots présentés dans le CVD sont reconnus plus efficacement par l’HG que ceux présentés dans le CVG.

La dichotomie verbale/non-verbale est une façon de classifier les supériorités hémisphériques qui s’avère problématique (Efron, 1990; Nicholls, 1996; Springer & Deutch, 1998). Selon Springer et Deutch (1998), l’HG est supérieur à PHD pour

l’exécution de tâches reliées au langage. Les résultats obtenus concernant PHD sont plus difficiles à synthétiser et sont moins cohérents d’une étude à l’autre. La dichotomie verbale/non-verbale est une conception attrayante, mais insuffisante pour expliquer de nombreuses asymétries existant entre les deux hémisphères (Nicholls, 1996). Il existe des tâches pour lesquelles l’HG peut traiter des stimuli non-verbaux alors que certains stimuli verbaux peuvent être traités par PHD. Les résultats de Klatzky et Atkinson (1971)

démontrent que la dichotomie verbale/non-verbale est problématique. Ces chercheurs demandent au participant de mémoriser une liste de lettres. Ensuite, ils lui présentent l’image d’un objet, soit dans le CVG, soit dans le CVD, et le participant détermine si la première lettre de cet objet est parmi celles de la liste mémorisée précédemment. Lors d’une seconde tâche expérimentale (tâche verbale), les chercheurs présentent une lettre et le participant doit déterminer si cette lettre fait partie de la liste mémorisée. Les résultats obtenus par Klatzky et Atkinson (1971) ne sont pas conformes à ceux prédits par la dichotomie verbale/non-verbale. Les stimuli non-verbaux (images d’objets) sont traités plus rapidement quand ils sont directement projetés à l’HG tandis que les stimuli verbaux sont analysés plus rapidement lorsqu’ils sont projetés à PHD.

(11)

L’incohérence obtenue dans certaines études en lien avec la dichotomie verbale/non- verbale a mené à l’élaboration d’une autre dichotomie suggérée par Bradshaw et Nettleton (1981, 1983). Selon ces auteurs, l’HG exercerait une forme de traitement analytique et l’HD exécuterait un traitement global. Le terme analytique réfère à un processus perceptuel au niveau de la décomposition du groupe en éléments séparés. Le traitement global met l’accent sur la configuration entière et sur les patrons de relations indépendamment des parties qui la composent. La dichotomie analytique/holistique offre une explication satisfaisante aux résultats obtenus par Klatzky et Atkinson (1971). Pour la tâche non- verbale, le participant doit identifier chaque objet et retrouver la première lettre de son nom, une fonction qui serait analytique. Dans la tâche avec lettre simple, le stimulus est verbal, mais pour effectuer la tâche, le participant peut associer l’image mentale de la lettre avec celle des lettres mémorisées. Il s’agit là d’un traitement holistique qui ne requiert aucune connaissance des lettres présentées. L’étude réalisée par Nebes (1973) appuie la dichotomie analytique/holistique. Selon ce chercheur, l’hémisphère majeur (gauche) analyse de façon séquentielle les détails tandis que l’hémisphère mineur (droit) étudie la relation entre ces parties. Nebes (1973) prédit que l’HD devrait être supérieur à l’HG pour effectuer une tâche requérant l’analyse d’un phénomène visuel de type gestalt. Il réalise une étude auprès de patients ayant eu une commissurotomie, c’est-à-dire une opération consistant à sectionner les commissures. Cette opération a pour conséquence d’entraver le transfert de !’information sensorielle d’un hémisphère à l’autre. Les résultats obtenus par Nebes (1973) confirment sa prédiction puisque les participants ont une meilleure

performance lorsque les stimuli sont présentés dans le CVG plutôt que dans le CVD, ce qui suggère que l’HD soit supérieur à l’HG pour percevoir !’organisation spatiale des parties d’un tout.

La dichotomie selon laquelle l’HG est spécialisé pour le traitement analytique (où les discriminations précises de différentes natures sont requises) et l’HD pour le traitement holistique, a reçu beaucoup d’attention (Springer & Deutch, 1998). Cette dichotomie est aussi une alternative intéressante qui peut expliquer des résultats incompatibles avec ceux prédits par la dichotomie classique verbale/non-verbale. Sur la base de certains modèles,

(12)

niveau de l’efficacité du traitement de !’information par les deux hémisphères cérébraux.

Découverte d’asymétries

Lorsqu’un sujet doit effectuer une tâche dans la modalité visuelle, les stimuli présentés sont généralement localisés à la fovéa, c’est-à-dire au centre du champ visuel. Toutefois, lorsque des stimuli sont présentés en périphérie plutôt qu’à la fovéa, il est possible de découvrir des asymétries. L’information sensorielle provenant du CVD est d’abord perçue par THG et celle provenant du CVG par l’HD. Lorsqu’un stimulus est présenté dans le champ visuel, ce champ peut être divisé en deux parties (gauche et droite) dont le centre est appelé point de fixation (voir Figure 1). Le stimulus présenté projette une image au niveau de la rétine. La rétine de chaque œil est divisée en deux parties : nasale et

temporale. L’information projetée dans la partie temporale de la rétine gauche va atteindre l’HG et celle de la rétine droite, l’HD. L’information contenue dans la partie nasale de la rétine va croiser au niveau du chiasma optique pour se retrouver dans l’hémisphère opposé. Par conséquent, !’information sensorielle présentée à gauche du point de fixation est

projetée dans l’HD et celle à droite dans l’HG.

Insérer Figure 1

Certains modèles tentent d’expliquer comment il est possible de découvrir des asymétries par la présentation de stimuli dans les deux champs visuels. Il existe

essentiellement deux modèles : le modèle d’accès direct et le modèle de relais. (Springer & Deutsch, 1998). Selon le modèle d’accès direct, !’information sensorielle est traitée par l’hémisphère qui la reçoit en premier même si ce n’est pas cet hémisphère qui est le plus apte à son traitement. L’observation d’une meilleure performance lors de la présentation dans un champ visuel plutôt que dans l’autre signifie que l’hémisphère controlatéral correspondant à ce champ traite plus adéquatement !’information que l’autre hémisphère.

(13)

Un autre modèle est celui du relais qui stipule que Γinformation sensorielle est analysée par l’hémisphère qui est le plus apte à la traiter. Si !’information est d’abord perçue par l’hémisphère qui est le moins apte à traiter !’information, elle devra alors être transférée à l’hémisphère le plus apte à la traiter. Ce transfert amène une perte au niveau de la clarté de !’information. Une supériorité sera observée en faveur de !’information sensorielle qui a eu directement accès à l’hémisphère le plus apte à son traitement sans !’intermédiaire d’un transfert. Ces deux modèles explicatifs s’appliquent également à des stimuli tactiles ou auditifs.

En résumé, peu importe le modèle adopté, si une différence de performance est observée en faveur des stimuli présentés dans le CVG, il existe une supériorité de l’HD pour le traitement de ce type d’information et vice versa. Plusieurs chercheurs tentent de mieux comprendre les asymétries existant au niveau du traitement de !’information temporelle et ce, à l’aide de différentes méthodes (Aram & Ekelman, 1988 ; Brown & Nicholls, 1997 ; Carmon & Nachson, 1971; Clark & Geffen, 1990; Divenyi & Effon, 1979; Efron, 1963; Grondin, 1998; Mills & Rollman, 1980; Milner, 1962; Nicholls, 1994;

Nicholls & Atkinson, 1993; Nicholls & Cooper, 1991; Sadler & Deary, 1996; Swisher & Hirsh, 1972).

Méthodes utilisées et résultats en perception du temps

Les chercheurs ont recours à une variété de méthodes expérimentales pour étudier les différences hémisphériques au niveau du traitement de !’information temporelle. Les principales méthodes utilisées sont les jugements d’ordre temporel, les jugements de simultanéité, les jugements de séquences, le masquage, la détection d’interruption (gap), l’estimation de la durée et la discrimination d’intervalles temporels. Ces différentes méthodes sont employées auprès d’une population clinique, composée généralement de gens ayant une lésion à un hémisphère, et auprès de participants dits normaux, c’est-à-dire sans lésion cérébrale. De plus, certains chercheurs utilisent des procédures bilatérales, c’est-à-dire une présentation des stimuli dans le CVG et dans le CVD (Effon, 1963; Grondin, 1998). D’autres utilisent une procédure unilatérale, c’est-à-dire une présentation des stimuli d’un seul côté du champ visuel ou encore dans une seule oreille (Clark & Geffen, 1990; Nicholls, 1994). Les stimuli présentés en premier (procédure bilatérale) ou

(14)

seulement (procédure unilatérale) dans le CVG vont être traités par l’HD et vice versa. Les différences de performance observées permettent de conclure à une supériorité relative d’un hémisphère sur l’autre pour ce type de traitement (Nicholls, 1994a).

Jugement d’ordre temporel. Un jugement d’ordre temporel consiste à déterminer l’ordre dans lequel les stimuli ont été présentés. Pour la modalité auditive, Swisher et Hirsh (1972) présentent des stimuli de 1600 ms dont l’apparition diffère de 20 à 640 ms. Ils observent que les gens ayant un dommage au niveau de l'HG ont besoin d’intervalles de temps plus longs pour juger adéquatement l’ordre temporel. Divenyi et Efron (1979) rapportent une supériorité de l’HG sur l’HD pour les jugements d’ordre temporel de stimuli. Mills et Rollman (1980) constatent que les participants ont une meilleure performance lorsque le stimulus est présenté à l’oreille droite plutôt qu’à l’oreille gauche. Les résultats de ces trois expériences montrent que l’HG est supérieur à l’HD pour juger de l’ordre temporel des stimuli.

Aram et Ekelman (1988) présentent des stimuli auditifs à des enfants ayant une lésion à l’HG ou à l’HD et ils n’observent aucune différence de performance chez ces enfants. Les résultats de Aram et Ekelman (1988) ne sont pas conformes à ceux observés par les autres chercheurs qui supposaient une asymétrie en faveur de l’HG. Une explication réside probablement dans la plasticité du cerveau des enfants, c’est-à-dire sa capacité de se modifier pour compenser la perte d’une fonction causée par une atteinte cérébrale. En somme, les résultats des études sur les jugements d’ordre temporel dans le mode auditif montre que l’HG est supérieur à l’HD.

Dans la modalité visuelle, Efron (1963c) présente une lumière verte et une lumière rouge. Le participant doit déterminer laquelle est apparue en premier. Il conclut que les gens ayant une lésion à l’HG ont une difficulté au niveau des jugements d’ordre temporel. Effon (1963c) rapporte aussi que le traitement temporel s’exerce dans l’HG chez les droitiers et chez la majorité des gauchers. Swisher et Hirsh (1972) concluent que pour juger l’ordre temporel de stimuli visuels, les individus qui ont une lésion à l'HG ont besoin

(15)

d’intervalles temporels plus longs. Les résultats de ces études démontrent que l’HG serait responsable des jugements d’ordre temporel de stimuli visuels.

Jugement de simultanéité. Une tâche de jugement de simultanéité consiste à établir si des stimuli ont été présentés simultanément (en même temps) ou successivement (un après l’autre). Efron (1963a) étudie ce type de jugements auprès d’une population normale dans les modes visuel et tactile. Il présente des stimuli d’une durée de 1 ms séparés d’un

intervalle de 100 ms et moins. Il observe que le stimulus de gauche doit précéder celui de droite de 3.81 ms pour qu’il y ait perception de simultanéité de la part du sujet dans la modalité visuelle et de 3.32 ms pour la modalité tactile et ce, chez les droitiers. Efron (1963a) conclut à l’existence d’une asymétrie en faveur de l’HG car le stimulus de gauche n’a pas un accès direct à l’HG et que ce stimulus doit précéder celui présenté dans le CVD. Nicholls (1994a), contrairement à Efron (1963a), utilise une procédure de présentation unilatérale des stimuli. Nicholls (1994a) observe une plus grande sensibilité de l’HG pour les jugements de simultanéité dans la modalité visuelle. Clark et Geffen (1990),

contrairement aux auteurs précédents, n’ont observé aucune asymétrie pour ce type de tâche dans la modalité tactile et ce, avec des procédures unilatérale et bilatérale. Ils concluent que les deux hémisphères ont la même capacité au niveau du traitement de jugements de simultanéité. Clark et Geffen (1990) expliquent la divergence observée par leur méthode plus précise d’estimation de la performance des participants. Il existe une divergence entre les résultats concernant la supériorité de l’HG pour les jugements de simultanéité.

Jugement de séquences. Une tâche de jugement de séquences fait appel à la capacité de rappeler les éléments en tenant compte de l’ordre temporel dans lequel ils ont été

présentés. Garmon et Nachson (1971) présentent des séquences de trois à cinq stimuli auditifs et visuels à des participants ayant une lésion à un hémisphère et à des participants n’ayant pas de lésions (groupe contrôle). Carmon et Nachson (1971) rapportent une diminution significative de la performance des gens ayant une lésion à l’HG par rapport à celle du groupe contrôle alors que la performance de ceux ayant une lésion à l’HD n’est pas significativement détériorée. Ces résultats démontrent une supériorité de l’HG pour les

(16)

jugements de séquences. Kim, Royer, Bonstelle et Boiler (1980) étudient les jugements de séquence auprès de personnes ayant une lésion à l’HG ou à l’HD en présentant une série de chiffres ou une série de mots. Les patients ayant une lésion à l’HD ont une moins bonne performance pour les séquences de chiffres (non-verbal) que ceux ayant une lésion à l’HG. De plus, les personnes ayant une lésion à l’HG ont une performance inférieure pour les séquences verbales. Ces résultats démontrent que l’habileté à juger des séquences dépend de leur contenu.

Masquage. Une autre tâche considérée dans l’étude du traitement temporel est celle du masquage. Cette tâche consiste à montrer un stimulus-cible (

¡T)

et à présenter ensuite un autre stimulus servant de masque au premier ([ |). Le sujet doit déterminer laquelle des lignes verticales présentées avant le masque était plus courte que l’autre. En utilisant cette procédure, Nicholls et Cooper (1991) et Nicholls et Atkinson (1993) observent une

meilleure performance lorsque les stimuli sont présentés dans le CVD, suggérant une supériorité de l’HG pour ce type de tâche. Sadler et Deary (1996) emploient la même méthode, à l’exception de la durée d’exposition des stimuli qui varie entre 20 et 160 ms plutôt qu’entre 17 à 136 ms pour les deux études précédentes. Les résultats obtenus par Sadler et Deary (1996) montrent qu’il n’y a pas de supériorité de l’HG pour une tâche de masquage, ce qui est différent de ce que Nicholls et Cooper (1991) et Nicholls et Atkinson (1993) rapportent.

Détection d’interruption (Gap). Cette tâche consiste à établir si un signal temporel continu comprend ou non une interruption d’une durée très brève. Brown et Nicholls (1997) présentent des stimuli auditifs de 300 ms dont certains comportent des interruptions (deux, quatre, six ou huit ms) et le participant doit déterminer si l’intervalle comprend ou non une interruption. Brown et Nicholls (1997) concluent que les stimuli présentés à l’oreille droite sont traités plus rapidement et plus exactement que ceux présentés à l’oreille gauche, ce qui montre une supériorité de l’HG pour ce type de traitement. Vroon, Timmers et Tempelars (1977) utilisent des stimuli auditifs de trois secondes comportant ou non une interruption de une à quatre ms. Ces auteurs constatent qu’une interruption est plus facilement détectée par l’oreille droite, ce qui suppose une supériorité de l’HG pour la

(17)

détection d’interruptions temporelles. Nicholls (1994a) demande aux participants de déterminer lequel des deux signaux visuels de 130 ms contient une interruption (de huit à 14 ms). Les résultats montrent une supériorité de l’HGpar rapport à PHD pour la détection d’interruptions. Nicholls (1994b) à l’aide de la même procédure observe que l’HG est supérieur à PHD pour la détection d’interruption. Efron, Yund, Nicholls et Crandall (1985) utilisent une procédure un peu différente où un essai expérimental consiste en la

présentation de deux bruits de 300 ms dont un comporte une interruption. Ces derniers utilisent des stimuli de 300 ms dont !’interruption varie entre deux et sept ms et ils n’observent aucune asymétrie pour ce type de tâche auprès de patients ayant une lobectomie temporale antérieure gauche ou droite et auprès de sujets dits normaux. En résumé, les résultats obtenus démontrent généralement une supériorité de l’HG pour la détection d’interruptions (Brown & Nicholls, 1997; Nicholls, 1994b; Vroon et al., 1977), mais il existe une incohérence soulevée par Efron et al (1985).

Estimation de la durée. Cette tâche consiste à présenter un intervalle temporel et le participant doit estimer sa durée. Vroon et al. (1977) observent une supériorité de l’HG sur PHD pour l’estimation de durées de 20 à 40 secondes dans la modalité auditive. Pour la modalité visuelle, ces auteurs n’observent pas de différence de performance entre l’HG et PHD. Polzella et al. (1977) étudient la perception du temps à l’aide d’une tâche

d’estimation de la durée dans le mode visuel. Les participants doivent juger la durée des stimuli de 16, 25, 40, 63 et 100 ms. Les auteurs démontrent que la durée est sous-estimée, peu importe le champ visuel où le signal est présenté. Ils observent aussi que la durée est davantage sous-estimée lorsque les stimuli sont présentés dans le CVG, ce qui indique une moins grande efficacité de PHD à estimer adéquatement le temps. Cette divergence entre les deux études quant aux résultats pour la modalité visuelle peut s’expliquer par

!’utilisation de gammes de durées considérablement différentes d’une étude à l’autre.

Discrimination d’intervalles. Lors d’une tâche de discrimination temporelle, le sujet doit déterminer si l’intervalle présenté est plus court ou plus long qu’un autre intervalle. Pour la modalité auditive, Milner (1962) démontre la présence d’une asymétrie au niveau de la discrimination d’intervalles. Les participants de cette étude sont testés avant et après

(18)

une lobectomie temporale à l’HG ou à l’HD. Les gens ayant subi une lobectomie à l’HD obtiennent une performance significativement plus faible après l’opération. Cette

différence de performance n’est pas observée chez ceux ayant eu une lobectomie temporale gauche. Ces résultats ne sont pas conformes à ceux obtenus précédemment dans les autres travaux stipulant que le traitement temporel est plus efficace dans l’HG. Mills et Rollman (1979) concluent que les stimuli présentés à l’oreille droite sont plus facilement

discriminés que ceux présentés à l’oreille gauche, mais cette conclusion ne s’applique qu’à des durées inférieures à 50 ms. Si les intervalles sont de plus de 50 ms, les deux

hémisphères sont capables de traiter !’information aussi efficacement. Buchtel, Rizzolatti, Anzola et Bertoloni (1978) présentent un son de 500 Hz pour des gammes de durées de 50,

100, 200 et 400 ms. Ils rapportent que le temps de réaction est plus court quand les sons sont présentés à l’oreille gauche plutôt qu’à l’oreille droite, ce qui suggère une supériorité de l’HD. Toutefois, !’utilisation du temps de réaction comme mesure de la performance des participants semble problématique. Pour une tâche de discrimination temporelle, l’essentiel est de vérifier l’efficacité relative de chaque hémisphère pour réaliser la tâche plutôt que la vitesse d’exécution indépendamment du niveau de performance des

participants. Les résultats des études présentées démontrent que, généralement, la discrimination temporelle pour la modalité auditive n’est pas supérieure dans l’HG.

Pour la modalité visuelle, Van Allen, Benton et Gordon (1966) observent que pour des durées de 400 et 1000 ms, les patients ayant une lésion à l’HG ont tendance à obtenir une performance plus faible que ceux ayant une lésion à l’HD. Bertoloni, Anzola, Buchtel et Rizzolatti (1978) présentent des stimuli de 50, 100, 200 et 400 ms et le participant doit discriminer ces durées le plus rapidement possible. Ces auteurs n’observent pas de

différences significatives au niveau du temps de réaction entre les stimuli présentés dans le CVG et dans le CVD.

L’observation d’une supériorité d’un hémisphère pour la discrimination visuelle peut être reliée à la distance entre les stimuli. Grondin (1997) présente des stimuli visuels de l’ordre de 250 ms et le participant doit déterminer si cet intervalle est court ou long. Grondin (1997) conclut que de présenter deux stimuli visuels à la fovéa plutôt qu’un

(19)

stimulus à la fovéa et l’autre à 5° dans le CVG ou le CVD, n’améliore pas la

discrimination temporelle. Grondin et Rousseau (1991) présentent aux participants des intervalles de 225 et de 275 ms. Les résultats obtenus montrent que la discrimination est supérieure quand les stimuli sont présentés à la fovéa plutôt qu’en périphérie. Grondin et Rousseau (1991) observent aussi que deux intervalles présentés à 20° dans le CVG semblent être plus facilement discriminés qu’un intervalle présenté à la fovéa suivi d’un second présenté à 20° dans le CVG. L’expérience 1 de Grondin (1998), qui implique des intervalles d’environ 250 ms présentés à 18° dans le CVG et le CVD, montre que la performance de discrimination est légèrement supérieure quand les signaux sont présentés dans le CVG plutôt que dans le CVD. Grondin (1998) observe ces résultats en condition d’incertitude, c’est-à-dire lorsque les participants ne savent pas de quel côté le signal visuel sera présenté. Un autre résultat n’appuyant pas la supériorité de l’HG soulevé par Grondin (1998) concerne la durée perçue. Lors d’une séquence bilatérale, c’est-à-dire de la

présentation d’un signal dans chacun des champs visuels (Gauche-Droite ou Droite- Gauche), si le premier signal est présenté dans le CVD plutôt que dans le CVG,

l’activation d’un mécanisme permettant l’estimation du temps devrait débuter plus tôt car !’information sensorielle a directement accès à l’HG. Si le deuxième signal est présenté dans le CVG plutôt que dans le CVD, l’activité du mécanisme devrait cesser plus tard car la transmission inter-hémisphérique de !’information du CVG vers l’HG exige un certain délai (Efron, 1963a; 1990). En supposant l’existence d’un mécanisme permettant les jugements temporels, si ce dernier est localisé dans l’HG, la durée perçue devrait être plus

longue pour les séquences Droite-Gauche plutôt que Gauche-Droite. Or, Grondin (1998) observe généralement le contraire. Ces résultats remettent en question l’hypothèse de la supériorité de l’HG pour la discrimination temporelle.

Sur la base des résultats observés à l’aide de méthodes variées, plusieurs chercheurs stipulent que le traitement temporel est associé à l’HG (Efron, 1990; Mills & Rollman, 1979; Polzella et al., 1977). Par contre, certains résultats vont à l’encontre de cette hypothèse (Clark & Geffen, 1990; Efron et al., 1985; Grondin, 1998; Milner, 1962). Plus spécifiquement, pour les tâches de discrimination temporelle, les résultats sont

(20)

niveau visuel, Van Allen et al. (1966) n’observent pas d’asymétrie alors que Grondin (1998) montre que la discrimination est légèrement supérieure quand les deux signaux délimitant les intervalles temporel sont présentés à gauche plutôt qu’à droite, ce qui suggère un traitement plus efficace de l’HD pour cette tâche. La dichotomie verbale/non- verbale ne peut expliquer la supériorité de l’HG pour le traitement de !’information

temporelle. Étant donné la nature non-verbale des stimuli impliqués dans ce type de tâches, une supériorité de l’HD devrait être observée. Il est possible que les deux hémisphères exercent un traitement global et analytique sur !’information temporelle. Le mode de traitement exécuté sur !’information temporelle peut être relié à la façon de présenter les

stimuli temporels.

Influence de la structure des intervalles en discrimination temporelle

Certains chercheurs démontrent que la façon de présenter les intervalles peut affecter les performances de discrimination temporelle (Grondin, 1993; Rammsayer & Lima, 1991). Il existe essentiellement deux façons de présenter les intervalles, c’est-à-dire deux structures d’intervalles : les intervalles pleins et les intervalles vides. Un intervalle plein est un signal continu qui correspond à la durée à estimer. Un intervalle vide consiste en la présentation de deux signaux dont le premier marque le début de l’intervalle et le second annonce la fin de l’intervalle. L’absence de stimulation entre les deux signaux correspond à la durée à estimer. Grondin (1993) démontre qu’il existe des différences au niveau de la discrimination d’intervalles selon la structure d’intervalle utilisée (vide ou plein), la modalité sensorielle (visuelle ou auditive) et la méthode de présentation utilisée (stimulus unique ou de choix forcé adaptative). La procédure de stimulus unique consiste à présenter un intervalle temporel au participant et ce dernier doit déterminer si l’intervalle est court ou long. Pour la méthode de choix forcé adaptative, deux intervalles de temps sont

présentés et le sujet doit déterminer si le premier intervalle est plus court ou plus long qqe le second. Grondin (1993) montre que dans la modalité auditive, avec des durées de 250 ms, les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les pleins et ce, avec une procédure de stimulus unique. Toutefois, il n’y a pas de différences dans la discrimination

des intervalles vides ou pleins lorsqu’une procédure de choix forcée adaptative est utilisée. Pour la modalité visuelle, Grondin (1993) démontre que pour des durées de 50 et de 250

(21)

ms, les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les pleins et ce, tant avec la procédure adaptative et que celle de stimulus unique. De plus, Grondin, Meilleur-Wells, Ouellette et Macar (1998) rapportent qu’avec une procédure de choix forcé adaptative, pour des durées de 400 ms, la discrimination est meilleure pour les intervalles vides que pour les intervalles pleins et ce, tant dans la modalité auditive que visuelle. Cet effet n’est pas observé avec des durées de 800 ms. Avec une procédure de stimulus unique, la discrimination des intervalles vides est supérieure à celle des intervalles pleins pour des durées de l’ordre de 400 et de 800 ms. Selon Rammsayer et Lima (1991), pour des durées de 50 ms, les intervalles pleins sont plus facilement discriminés que les vides, dans la modalité auditive. Kato et Tsuzaki (1994) démontrent qu’avec des durées de 170 ms, les intervalles vides délimités par des stimuli d’une très longue durée (plus de 1100 ms) sont plus difficilement discriminés que les intervalles pleins. Cette supériorité des intervalles pleins sur les intervalles vides n’existe pas quand les stimuli délimitant les intervalles sont de courte durée (21 ms). La structure des intervalles, la méthode utilisée et la modalité sensorielle affectent la discrimination d’intervalles. L’effet de ces facteurs dépend de la durée impliquée. Les études présentées démontrent que généralement, les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les pleins.

La présente étude

Le but de la présente étude est de vérifier si des différences de performance entre l’HG et l’HD sont observées pour la discrimination d’intervalles temporels vides et pleins. Si les intervalles vides sont associés à un traitement holistique et les intervalles pleins à un traitement analytique, une différence de performance devrait être observée. L’effet de ces facteurs est testé avec quatre durées, soit 125, 250, 500 et 1000 ms. Les variables

indépendantes à l’étude sont la localisation du stimulus dans le champ visuel (gauche, droite et à la fovéa), la structure de l’intervalle (vide et plein) et la durée. L’étude comporte deux variables dépendantes. La première est le pourcentage de réponses correctes qui est une mesure de la performance du participant ou de sa sensibilité à discriminer les

intervalles temporels. Plus le pourcentage de réponses correctes est élevé, mieux le

participant discrimine les intervalles. Le pourcentage de réponses « long » est aussi utilisé afin de mesurer la tendance du participant à répondre « long ». Plus il est élevé, plus la durée perçue par le participant est longue.

(22)

Hypothèses

L’incohérence observée au niveau des résultats concernant les tâches de discrimination temporelle soulève la possibilité que chaque hémisphère traite P information temporelle différemment. L’HD pourrait traiter une séquence visuelle de deux signaux comme une organisation globale. Selon Fraisse (1952), les intervalles vides peuvent être regroupés ou bénéficier d’une organisation perceptuelle. Nebes (1973) rapporte que la perception de la relation entre les parties et le tout semble supérieur dans PHD. Par conséquent, si les intervalles vides sont traités de façon holistique, la performance des participants devrait être supérieure lorsque les signaux sont présentés dans le CVG plutôt que dans le CVD. Mais, si des intervalles pleins sont présentés aux participants dans le CVG, il devrait y avoir une détérioration de l’efficacité de PHD car il ne peut pl us bénéficier d’une organisation perceptuelle. Si un intervalle plein est traité de façon analytique, la

performance devrait être meilleure lorsque le signal est présenté dans le CVD plutôt que dans le CVG.

Les résultats de Grondin (1993) démontrent que généralement, dans la modalité visuelle, les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les pleins. Le

pourcentage de réponses correctes devrait être plus élevé pour les intervalles vides que pour les intervalles pleins. De plus, selon Grondin (1993), les intervalles pleins sont généralement perçus comme étant plus longs que les vides. Le pourcentage de réponses « long » devrait être plus élevé pour les intervalles pleins que pour les vides.

(23)

EXPÉRIENCE 1 Méthode

Participants. Seize étudiants volontaires de l’Université Laval âgés de 19 à 28 ans (moyenne - 22.75 ans) participent à l’expérience qui comprend quatre sessions d’une durée d’environ 40 minutes chacune. Les participants reçoivent 5,00$ par session.

Matériel. Le participant est assis dans une chambre expérimentale où la lumière est tamisée. Les intervalles de temps à estimer sont contrôlés par un ordinateur Zénith. Deux diodes circulaires rouges (LEDs : Radio-Shack # 276-088) représentent les signaux visuels. Ces diodes sont disposées à 25° à gauche et à droite d’un point de fixation, ce qui permet d’éviter que les signaux ne soient projetés sur la rétine à l’endroit où se trouve la tache aveugle. Ce point de fixation, constitué d’une lumière rouge, est placé à environ 1 m en face des yeux du sujet. Un boîtier de réponse, comprenant deux boutons, permet au participant de transmettre sa réponse à l’ordinateur. Il doit appuyer sur le bouton de gauche s’il estime que l’intervalle présenté est court ou sur le bouton de droite s’il estime que l’intervalle est long. Une lumière placée à côté de chacun des boutons de réponses constitue la rétroaction. Après que le sujet a donné sa réponse, la lumière de retroaction clignote du côté de la bonne réponse pendant 200 ms.

Procédure. Chaque participant complète 16 conditions expérimentales . Il doit

discriminer des intervalles de l’ordre de 125, 250, 500 et 1000 ms délimités tantôt par des intervalles vides, tantôt par des intervalles pleins et ce, dans le CVG et le CVD. Pour une condition donnée, la structure de l’intervalle, l’ordre de durées et le champ visuel restent constants. Un pourcentage de réponses correctes et un pourcentage de réponses « long » sont obtenus pour chacune des 16 conditions. A chaque session, le participant complète quatre conditions expérimentales. En fait, il complète les quatre gammes de durées

délimitées soit par des intervalles vides, soit par des intervalles pleins et la présentation des stimuli a lieu dans le CVG ou le CVD. Pour une même session, la structure de l’intervalle et le champ visuel ne changent pas. L’ordre de passation des conditions est contrebalancé entre les participants. Une condition expérimentale comprend un bloc de dix essais d’entraînement et un bloc expérimental de 80 essais. Pour chaque essai, un intervalle de

(24)

temps est présenté et le participant doit déterminer si cet intervalle est court ou long (il s’agit d’une procédure dite du stimulus unique). La durée des intervalles dépend de la gamme de durées impliquée. À 125 ms, l’intervalle court est de 95 ms tandis que

l’intervalle long est de 155 ms. À 250 ms, l’intervalle court est de 205 ms et le long est de 295 ms. À 500 ms, l’intervalle court est de 433 ms et le long est de 567 ms. Enfin, à 1000 ms, l’intervalle court est de 900 ms et l’intervalle long est de 1100 ms.

Résultats

La moyenne et !’erreur-type des pourcentages de réponses correctes et du pourcentage de réponses « long » en fonction de la structure de l’intervalle et du champ visuel sont présentées respectivement aux Tableaux 1 et 2. La moyenne et l’erreur-type des

pourcentages de réponses correctes et du pourcentage de réponses « long » pour chaque structure d’intervalles en fonction du champ visuel et de la durée impliquée sont présentées respectivement aux Tableaux 3 et 4.

Insérer Tableaux 1 à 4

Pour le pourcentage de réponses correctes, quatre ANOVA 2 x 2 à mesures répétées sont effectuées afin d’étudier chaque ordre de durées et aucun effet ne s’est révélé statistiquement significatif. Toutefois, pour la durée de 500 ms, l’effet vide-plein est très près du niveau de signification [F(l,15) = 4.25, p = .0569], ce qui montre que la moyenne du pourcentage de réponses correctes a tendance à être plus élevée quand les intervalles sont vides plutôt que pleins. Une investigation plus poussée sera effectuée à 125 ms puisqu’une analyse visuelle du graphique (voir Figure 2) suggère la présence d’une

tendance à une interaction entre la structure de l’intervalle et le champ visuel même si cette dernière n’est pas significative [F(l,15) = 1.83, p = .I960].

(25)

Pour le pourcentage de réponse « long », quatre ANOVA 2x2 à mesures répétées sont effectuées. Pour une durée de 125 ms, la moyenne des pourcentages de réponses « long » est significativement plus élevée pour les intervalles pleins que pour les intervalles vides [F(l,15) = 5.13, p < .05]. Comme l’illustre la Figure 3, pour cette même durée, un effet d’interaction est très près du niveau de signification [F (1,15) = 4.50, p = .0510], ce qui montre une tendance des participants à percevoir les intervalles pleins plus longs que les intervalles vides lorsque les stimuli sont présentés dans le CVD. Cette tendance n’existe pas lorsque les stimuli sont présentés dans le CVG. Pour les durées de 250, 500 et 1000 ms, aucune différence significative n’est observée.

(26)

EXPÉRIENCE2

Pour une durée de 125 ms, un effet d’asymétrie semble exister, mais puisque le transfert inter-hémisphérique est très rapide, il est difficile d’observer des différences suffisamment grandes pour qu’elles soient statistiquement significatives. Une seconde expérience est menée afin de voir si la tendance observée dans l’expérience 1 se maintient. Cette fois, seule la durée de 125 ms est à l’étude, mais un plus grand nombre de sujets est testé. De plus, des stimuli sont présentés à la fovéa afin d’étudier si les intervalles vides sont mieux discriminés que les pleins.

Méthode

Participants. Trente-deux étudiants volontaires de l’Université Laval, âgés de 19 à 35 ans (moyenne = 22.44 ans), participent à l’expérience qui comporte une session d’environ 60 minutes. Les participants reçoivent 7,00$.

Matériel. Le matériel est le même que celui utilisé dans l’expérience 1.

Procédure. Chaque participant complète six conditions expérimentales. Il doit

discriminer des intervalles de l’ordre de 125 ms délimités tantôt par des intervalles vides, tantôt par des intervalles pleins et ce, avec des signaux provenant du CVG, du CVD et de la fovéa. Pour une condition expérimentale donnée, la structure de l’intervalle et le champ visuel restent constants. Un pourcentage de réponses correctes et un pourcentage de réponses « long » sont obtenus pour chacune des six conditions. Une condition

expérimentale comprend un bloc de dix essais de pratique et un bloc expérimental de 100 essais. La tâche du participant consiste à déterminer si l’intervalle présenté est court ou long. L’intervalle court est de 100 ms tandis que l’intervalle long est de 150 ms.

Comparativement à la première expérience, la durée de l’intervalle court est passée de 95 à 100 ms et celle de l’intervalle long de 155 à 150 ms. Cette modification est effectuée afin d’éviter que la tâche soit trop facile. De plus, le nombre d’essais est plus élevé afin

d’obtenir une mesure plus fiable. Lors de la session expérimentale, le participant complète les six conditions expérimentales. L’ordre de passation des conditions e

entre les participants pour la présentation des stimuli dans le CVG et le

(27)

structure des intervalles. La moitié des participants commence par les deux conditions impliquant des stimuli à la fovéa et l’autre moitié termine par ces deux conditions.

Résultats

La moyenne et Γ erreur-type pour chaque variable indépendante (la structure de l’intervalle et le champ visuel) et pour chaque condition expérimentale sont présentées respectivement aux Tableaux 5 et 6 pour le pourcentage de réponses correctes et aux Tableaux 7 et 8 pour le pourcentage de réponses « long ».

Insérer Tableaux 5 à 8

Pour le pourcentage de réponses correctes, une ANO VA 2 x 3 à mesures répétées est effectuée. Cette analyse démontre que la moyenne des pourcentages de réponses correctes est plus élevée lorsque les intervalles sont pleins plutôt que vides [F (1,31) = 7.11, p < .05]. Cette analyse montre également un effet de la localisation [F (2,62) = 7.65, p < .01] et un effet d’interaction [F (2,62) = 12.65 , p < .0001]. Un test d’effets simples a permis de décomposer !’interaction et il démontre une différence significative entre les intervalles vides et pleins à la fovéa [F (2,62) = 17.77, p < .0001], mais aucune différence pour les intervalles présentés dans le CVG et dans le CVD. Des différences sont observées entre les trois localisations pour les intervalles pleins seulement [F (2,62) = 8.15, p < .01]. La Figure 4 illustre ces résultats. Un test a posteriori de Tukey montre que la moyenne à la fovéa est significativement plus élevée que celle du CVG, mais pas statistiquement différente de celle du CVD.

Insérer Figure 4

Pour le pourcentage de réponses « long », VANOVA 2 x 3 à mesures répétées montre que la moyenne du pourcentage de réponses « long » est significativement plus élevée quand les intervalles sont pleins plutôt que vides [F (1.31) = 22.43 , p < .0001]. La Figure 5

(28)

illustre ces résultats. Il n’y a pas de différences significatives selon la localisation du signal et il n’y a pas d’effet d’interaction.

(29)

DISCUSSION GÉNÉRALE

Le but de la présente recherche est de vérifier si des différences dans la performance sont observées selon que les intervalles sont présentés dans le CVG ou le CVD et qu’ils sont vides ou pleins. Cette vérification est effectuée avec quatre durées (125, 250, 500 et 1000 ms) lors de la première expérience. Pour la deuxième, une seule durée est à l’étude (125 ms), mais les stimuli sont présentés dans le CVG, dans le CVD et à la fovéa. Les résultats diffèrent quelque peu dans les deux expériences. Lors de la première, pour le pourcentage de réponses correctes, aucun effet n’est significatif. Toutefois, pour une durée de 500 ms, les intervalles vides ont tendance à être plus facilement discriminés que les pleins. Pour le pourcentage de réponses « long », un effet de la structure est observé pour une durée de 125 ms, ce qui indique que les intervalles pleins sont perçus plus longs que les vides. Dans la seconde expérience, pour le pourcentage de réponses correctes, il y a un effet de la structure de l’intervalle et de la localisation et un effet d’interaction. La

sensibilité est plus grande pour les intervalles pleins que pour les intervalles vides, mais à la fovéa seulement. De plus, les intervalles pleins sont plus facilement discriminés

lorsqu’ils sont présentés à la fovéa plutôt qu’en périphérie tandis que la sensibilité pour les intervalles vides est la même à la fovéa et en périphérie. Enfin, le pourcentage de réponses « long » est significativement plus élevé pour les intervalles pleins que pour les vides.

Structure des intervalles

Sensibilité. Pour l’expérience 1, les intervalles pleins sont aussi bien discriminés que les intervalles vides. Ce résultat n’est pas conforme avec ceux de Grondin (1993) et de

Grondin et al. (1998), qui rapportent que les intervalles vides sont généralement plus facilement discriminés que les pleins dans la modalité visuelle. Cette divergence au niveau des résultats peut s’expliquer par la possibilité que la supériorité des intervalles vides ne se manifeste qu’à la fovéa et n’existe pas en périphérie. C’est pourquoi des stimuli sont présentés à la fovéa lors de la deuxième expérience. Les résultats obtenus montrent que pour une durée de 125 ms, les intervalles pleins sont plus facilement discriminés que les vides. Cette supériorité ne vaut que lorsque les stimuli sont présentés à la fovéa.

Cependant, la supériorité des intervalles vides sur les intervalles pleins semble reliée à la gamme de durées impliquée. Pour une durée de 125 ms, les intervalles pleins sont mieux

(30)

discriminés que les vides. Les intervalles de 250 ms sont aussi bien discriminés qu’ils soient vides ou pleins selon les résultats de la première expérience. Ce résultat est différent de celui de Grondin (1993) qui observe avec cette même durée, une meilleure

discrimination des intervalles vides. Pour une durée de 500 ms, les intervalles vides ont tendance à être mieux discriminés que les pleins. Enfin, pour des intervalles de 1000 ms, la structure n’influence pas la performance des sujets.

Pour des intervalles de 125 ms, les résultats obtenus ne sont pas conformes avec ceux de Grondin (1993). Ce dernier utilise, dans l’expérience 2 de son étude, une procédure de stimulus unique pour discriminer des intervalles auditifs et visuels de l’ordre de 50 ms. Pour la modalité visuelle, Grondin (1993) utilise un stimulus de 50 ms pour la catégorie « court » et de 80 ms pour la catégorie « long » et il observe que les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les intervalles pleins. Malgré plusieurs similarités au niveau de la durée, de la méthode, de la modalité entre la présente étude et celle de Grondin (1993), certaines particularités peuvent rendre compte de cette divergence au niveau des résultats. Une explication peut être qu’avec une gamme de durée très courte (50 ms), le premier marqueur de l’intervalle vide persiste assez longtemps pour que le

participant ait de la difficulté à percevoir l’absence de stimulation entre les deux stimuli alors qu’avec une durée de 80 ms, il perçoit les deux stimuli comme un clignotement. La tâche du participant consiste à discriminer un clignotement (80 ms) d’un stimulus

s’allumant sans qu’il y ait vraiment perception d’une interruption (50 ms). Cette tâche est relativement facile à exécuter, ce qui peut expliquer le haut taux de réussite dans Grondin (1993) pour la discrimination d’intervalles vides. Dans la présente étude, l’absence de stimulation (intervalle vide) peut créer de la confusion, mais le participant percevrait deux clignotements qui sont difficiles à discriminer (100 et 150 ms). Cette tâche expérimentale semble plus difficile que celle utilisée par Grondin (1993) où ce dernier observe un pourcentage de réponses correctes de 83.91 comparé à 72.75 pour l’expérience 2 de la présente étude. Pour une durée de 125 ms, les intervalles pleins sont plus faciles à

discriminer que les vides car le problème d’intégration des deux stimuli est inexistant, ce qui diminue la confusion et par conséquent le nombre d’erreurs. Ce résultat n’est valide

(31)

qu’à la fovéa car les deux expériences démontrent que la sensibilité pour la discrimination des intervalles vides et pleins est la même en périphérie.

L’observation d’une meilleure performance pour la discrimination d’intervalles pleins plutôt que vides à la fovéa peut s’expliquer par un processus de chronométrage plus complexe pour les intervalles vides (Rammsayer & Lima, 1991). Ces chercheurs expliquent que les intervalles pleins sont traités plus simplement par l’horloge interne. L’hypothèse d’une horloge interne est admise dans le domaine de la psychophysique et elle permet d’estimer des intervalles temporels (Allan, 1979 ; Grondin, 1993 ; Grondin, 1998 ; Rammsayer & Lima, 1991). Cette horloge comprend un émetteur qui produit des

pulsations à une certaine fréquence. Lors de la présentation d’un intervalle temporel, un interrupteur transmet les pulsations à un accumulateur. La durée est estimée selon le nombre de pulsations emmagasinées dans l’accumulateur. D’après Rammsayer et Lima (1991), lorsqu’un intervalle plein est présenté, l’interrupteur s’ouvre à l’apparition du signal et il se ferme lorsque le signal disparaît. Lorsqu’un intervalle vide est présenté, le processus est plus complexe, ce qui peut provoquer des erreurs dans la transmission des pulsations de l’interrupteur à l’accumulateur.

Un autre résultat observé lors de la seconde expérience est que, pour une durée de 125 ms, les intervalles pleins sont plus facilement discriminés lorsqu’ils sont présentés à la fovéa plutôt qu’en périphérie. Pour réussir à bien discriminer les intervalles pleins, le sujet a besoin d’une bonne acuité visuelle afin de bien percevoir la durée du stimulus visuel présenté. Les stimuli présentés en périphérie sont plus difficiles à discriminer car l’acuité visuelle est moins bonne qu’à la fovéa. Selon Rammsayer et Lima (1991), pour les

intervalles pleins, un stimulus physique davantage perceptible amène une augmentation du taux de décharge neuronal à partir duquel la durée est estimée affectant ainsi le rythme de l’horloge interne. Un taux de décharge plus élevé provoque une discrimination plus précise des intervalles. Les stimuli présentés à la fovéa sont davantage perceptibles que ceux présentés en périphérie et par conséquent, le mécanisme d’estimation temporelle est plus précis pour la discrimination des intervalles pleins présentés à la fovéa. Cependant, la sensibilité pour les intervalles vides est la même à la fovéa et en périphérie. Ce résultat

(32)

peut s’expliquer par une difficulté à percevoir l’absence de stimulation entre les deux Stimuli pour les intervalles vides qui se retrouvent à la fois en périphérie et à la fovéa. Lors de la présentation d’intervalles vides, pour estimer le temps, le participant doit détecter l’apparition du stimulus et sa disparition. Ce changement peut être détecté tant par les bâtonnets que par les cônes situés sur la rétine, ce qui peut expliquer le même niveau de performance pour les trois localisations des stimuli.

Pour les intervalles de 250 ms, il n’y a pas de différence dans la discrimination des intervalles vides et des intervalles pleins pour des stimuli présentés en périphérie. Ces résultats divergent avec ceux de Grondin (1993) qui a utilisé, dans son expérience 1, une procédure de stimulus unique. Ce dernier observe que les intervalles vides sont mieux discriminés que les intervalles pleins. Dans la présente étude, les stimuli délimitant les intervalles sont présentés en périphérie alors qu’ils sont présentés à la fovéa dans l’étude de Grondin (1993). Cette différence dans la procédure pourrait rendre compte de la divergence entre les résultats. Une autre explication est que dans l’étude de Grondin (1993), l’analyse est faite sur la base de 400 jugements alors que la présente étude n’en comporte que 100. Un effet d’entraînement peut interférer en fonction de la structure de l’intervalle. Les intervalles vides de courte durée (250 ms) peuvent être plus difficiles à discriminer au début de la tâche, mais les participants pourraient bénéficier d’un effet d’apprentissage au fil des essais. En ayant un plus grand nombre d’essais, la performance de discrimination des intervalles vides deviendrait peut-être supérieure. La performance avec des intervalles pleins pourrait être plus stable et ne pas bénéficier de !’augmentation du nombre d’essais expérimentaux. Une expérience comportant peu d’essais porterait à croire qu’il n’y a pas de différences dans la discrimination des intervalles vides et pleins tandis qu’une expérience en comportant plusieurs mènerait à la conclusion que les intervalles vides sont plus facilement discriminés que les pleins. L’observation de l’effet vide-plein pourrait aussi être reliée à la durée des stimuli utilisés. Grondin (1993), utilise un intervalle court de 225 ms et un intervalle long de 275 ms. Dans l’expérience 1 de ce mémoire, les stimuli sont d’une durée de 205 et de 295 ms. Pour des intervalles où la différence entre la durée du stimulus « court » et du stimulus « long » est grande, la supériorité des intervalles vides sur les pleins pourrait ne pas être observée.

(33)

Pour une durée de 500 ms, les intervalles vides ont tendance à être plus facilement discriminés que les pleins, ce qui va dans le même sens que l’hypothèse de départ. Ces résultats sont en accord avec ceux de Grondin et al. (1998) qui observent que la discrimination des intervalles vides est plus facile que la discrimination des intervalles pleins avec une procédure de stimulus unique pour des durées de 400 et de 800 ms dans la modalité visuelle.

Avec une durée de 1000 ms, il n’y a pas de différence de performance dans la discrimination des intervalles vides et pleins. Ces résultats sont en accord avec ceux de Guay et Lapointe (1998) qui n’observent aucune différence dans la discrimination

d’intervalles de 100 et de 1000 ms et ce, avec une procédure de choix forcé adaptatif où il y a 50 essais. Ces conclusions mettent également en doute la supériorité d’une structure d’intervalles sur une autre. Ces résultats concordent avec la pensée d’Allan (1979) qui mentionne que certaines caractéristiques sensorielles des stimuli, comme la structure des intervalles, ont peu d’influence sur les performances de jugements temporels. Par contre, Grondin, Lapointe et Guay (soumis pour publication) montrent que certains facteurs non- temporels, comme la durée des marqueurs, influencent la discrimination temporelle.

Durée perçue. Dans les deux expériences, le pourcentage de réponses « long » est plus élevé quand les intervalles sont pleins plutôt que vides, ce qui signifie que les participants perçoivent les intervalles pleins comme étant plus longs que les vides pour une durée de

125 ms. Ce résultat peut s’expliquer par l’hypothèse du marqueur interne (Grondin, 1994). Comme l’illustre la Figure 6, lors de la présentation d’un intervalle vide, l’estimation de la durée débute lorsque la trace sensorielle du premier marqueur disparaît et elle cesse lors de l’apparition du deuxième marqueur. Pour les intervalles pleins, l’estimation temporelle commence dès que le marqueur est détecté et cesse une fois sa trace sensorielle disparue. Par conséquent, même si le temps réel est le même, la durée perçue par le participant est différente. Les intervalles pleins sont perçus plus longs que les vides. Cet effet est robuste car même si les intervalles vides et pleins sont présentés dans des blocs séparés et non aléatoires, l’effet persiste dans le temps pour des durées de 125 ms. Ce résultat suggère que la façon de répondre aux intervalles vides et de répondre aux intervalles pleins demeure

(34)

constante peu importe que les participants commencent à estimer les intervalles d’une structure plutôt que de l’autre.

Insérer Figure 6

Différences CYG-CVD

Contrairement aux résultats attendus, que les intervalles soient présentés dans le CVG ou dans le CVD, il n’y a pas de différence de discrimination et ce, que les intervalles soient vides ou pleins. L’hypothèse de départ, à savoir que les intervalles vides seraient plus facilement discriminés dans l’HD et que les intervalles pleins seraient plus facilement discriminés par l’HG, n’est pas confirmée. Aucune différence de performance significative n’est observée dans les deux expériences au niveau de la localisation des stimuli, ce qui suggère que les deux hémisphères puissent discriminer efficacement les deux types d’intervalles. Ces résultats sont contraires à ceux généralement observés, à savoir une supériorité de l’HG pour des tâches de traitement temporel de l’information (Carmon & Nachshon, 1971 ; Efron, 1963 ; Mills & Rollman, 1980 ; Nicholls, 1994). Toutefois, ils sont en accord avec ceux de Clark et Geffen (1990) et ils remettent en question l’hypothèse selon laquelle l’HG est spécialisé dans le traitement temporel de !’information.

L’observation d’une asymétrie semble reliée au type de tâches utilisées par les chercheurs. Souvent, les chercheurs qui ont recours à des tâches davantage associées au traitement temporel (estimation et discrimination de durée) n’obtiennent pas des résultats appuyant l’hypothèse de la supériorité de l’HG. Ainsi, l’étude de Carmon et Nachshon (1971) consiste à mémoriser une séquence de stimuli et de la rappeler ensuite. Cette tâche fait appel à la mémoire et n’est pas essentiellement du traitement temporel. De plus, la détection d’interruption (Gap) semble faire davantage référence à des mécanismes

attentionnels plutôt que temporels. La supériorité de l’HG généralement observée devrait être prise avec circonspection car plusieurs expériences utilisées sont en fait des jugements qui n’impliquent pas exclusivement du traitement temporel de !’information. Certains auteurs soulèvent aussi l’existence d’une tendance à ne publier que les résultats significatifs (Bertelson, 1982 ; Efron 1990). Ce phénomène peut mener à une fausse

(35)

représentation de la réalité concernant les asymétries fonctionnelles. Avant d’affirmer la supériorité d’un hémisphère pour un traitement donné, les résultats d’expériences où aucune différence significative n’est observée devraient être considérés.

Les deux expériences suggèrent que !’information temporelle peut être traitée par les deux hémisphères. Toutefois, les pourcentages de réponses correctes obtenus pour l’ensemble des participants varient entre 51 et 97 %, ce qui a pour conséquence

d’augmenter la variabilité et de nuire à !’observation d’effets. Par ailleurs, il ne faut pas négliger la possibilité que le transfert inter-hémisphérique n’entraîne pas une détérioration suffisamment importante de Γinformation temporelle chez des sujets normaux. Ces

éléments ont pu empêcher !’observation de différences statistiquement significatives au niveau de la performance des sujets selon la localisation des stimuli.

Si les tendances observées sont prises en compte, les deux études indiquent une

incohérence quant à l’existence d’une supériorité de l’HD pour le traitement des intervalles vides. Pour la discrimination des intervalles pleins, les deux expériences démontrent que la discrimination a tendance à être supérieure quand les stimuli sont présentés dans le CVD plutôt que dans le CVG, ce qui porte à croire que l’HG serait supérieur pour le traitement des intervalles pleins. Ce résultat converge avec plusieurs études dans le domaine de la perception temporelle (Brown & Nicholls, 1997; Efron, 1963; Mills & Rollman, 1980 ; Nicholls, 1994a; Polzella et al., 1977; Swisher & Hirsh, 1972). Il doit être pris avec circonspection car il ne s’agit que d’une tendance qui nécessitera des investigations plus poussées.

Dichotomie analvtique-holistique et traitement temporel

Les résultats obtenus ne permettent pas de conclure à l’existence de deux mécanismes différents de traitement de !’information, un analytique et l’autre holistique puisque aucune différence significative n’est observée. Certains éléments peuvent fournir des explications à ce phénomène. D’une part, !’application de la dichotomie analytique/holistique à la discrimination temporelle comprend certaines lacunes. Dans la présente étude, un

(36)

certitude quels éléments font appel à un traitement holistique plutôt qu’analytique. La définition de Bradshaw et Nettleton (1983) englobe-t-elle vraiment les tâches de

discrimination temporelle utilisées dans la présente étude ? Ensuite, cette dichotomie n’est pas exempte de critiques (Nicholls, 1996). Le succès de cette dichotomie peut être attribué à une analyse post hoc des résultats. Selon Van Kleeck (1989), quand il s’agit de faire des prédictions, cette dichotomie s’avère moins efficace. Les intervalles vides et pleins peuvent constituer un phénomène simple ne pouvant être catégorisé en terme de dichotomie

analytique/holistique.

Recommandations

Cette étude ouvre la porte à de nombreuses autres expériences. D’autres gammes de durées devront être testées afin de mieux comprendre l’influence de la structure des intervalles sur la discrimination temporelle. Ensuite, les effets de la modification de la distance entre les stimuli pourraient être étudiés afin de mieux comprendre les facteurs pouvant affecter !’observation d’effets de latéralité. Dans la présente étude, la structure de l’intervalle demeure constante pour un bloc donné. Il serait intéressant de présenter des intervalles vides et pleins à l’intérieur d’un même bloc afin de vérifier si la tendance à répondre « long » du participant est influencée par une présentation aléatoire des

différentes structures d’intervalles à l’intérieur d’un même bloc. Ensuite, des expériences comportant différentes tâches temporelles, comme les jugements d’ordre temporel, les jugements de simultanéité, la détection d’interruption et l’estimation de la durée, devraient

être réalisées afin d’apporter un éclaircissement sur les ambiguïtés qui existent présentement dans ce domaine. Enfin, des expériences comportant des séquences rythmiques pourraient être effectuées. Il s’agit d’une tâche peu utilisée dans l’étude des asymétries au niveau temporel qui pourrait faire l’objet d’une investigation plus poussée.

(37)

CONCLUSION

La présente étude permet de prendre conscience de la tendance à vouloir simplifier le fonctionnement du cerveau. La dichotomie verbale/non-verbale n’est pas en mesure d’expliquer certains résultats (Klatzky & Atkinson, 1971). La dichotomie

analytique/holistique est une alternative attrayante car elle peut rendre compte de certaines situations que la dichotomie verbale/non-verbale ne peut expliquer. Le présent mémoire tente d’associer les intervalles vides à un traitement holistique et les intervalles pleins à un traitement analytique. Les résultats ne permettent pas de conclure à l’existence

d’asymétries au niveau de la discrimination d’intervalles temporels dans la modalité visuelle. B est possible que les intervalles vides ne puissent être associés à un traitement holistique et les intervalles pleins à un traitement analytique, ce qui ouvre la voie à de nouvelles recherches.

Figure

Updating...

Références

Sujets connexes :